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One day closer to death

avril 15, 2014
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Ceci est un billet sur rien. Parce que rien, parfois, c’est tout ce que tu fais. Il y a des journées comme ça où, lorsque le soleil se couche et que tes cellules ont pris 24 heures de plus dans la gueule, tu n’as pas avancé. Ni dans tes rêves, ni dans ta compréhension du monde, ni dans tes relations sociales, ni dans ton taff, ni dans ce qui t’importe dans la vie.

Des journées inutiles, oubliables, des petites journées mortes-vivantes. Il est où l’horizon ? Tu sais pas, tu l’avais oublié parce que tu regardais tes pieds.

Tu as produit des choses sans qu’elles ne portent de fruits, tu as parlé à des gens sans que ça ne t’avance, tu n’as rien construit, posé aucune pierre solide à l’édifice, tout juste des grains de sable, jetés au vent et qui te reviennent dans la tête pour s’incruster dans tes rides un peu plus profondes.

Des journées où tu t’es épuisé à faire ci, à faire ça, toutes ces choses qu’il faut faire. A courir derrière des urgences qui fuient vers l’avant, écrire des projets qui ont changé de direction, faire des réunions sans résoudre les problèmes, réfléchir sans trouver les bonnes idées. Des journées où tu te sens comme un bon vieux rouage qu’on remplacera demain s’il fêle ou s’il casse. Où ta foi en l’existence s’effondre parce que ta foi en toi-même est dans les chiottes.

Grimper des montagnes et s’arrêter en chemin. Regarder derrière soi et se rendre compte que t’es allé beaucoup moins haut que ce que tu pensais. Qu’il serait peut-être temps d’arrêter de se raconter des histoires. Qu’il est possible que t’aies juste tout planté, à tous les niveaux, dans une quête foireuse d’ego foireux pour bolosses foirés.

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Après, t’écris de la prose de bas étage et même si c’est pas ouf (qu’est ce que tu peux faire d’autre ?), t’appuies quand même sur « Publier ».

 

La génération Y a 30 ans

janvier 3, 2014

Y’a quelques années, j’avais écrit un truc que j’aimais bien sur la génération Z sur le blog de mes copains de Flu. Mais avec les années et les rachats du Web, Flu c’est devenu un rubrique de Première et les blogs ont mouru dans l’oubli.

Là, aujourd’hui, j’assiste un peu impuissant au passage de tous mes potes par delà la trentaine (sauf Fish qui s’avance vers les 40 balais en gardant les yeux pointés vers le soleil), et je vois, dans leurs sourires résignés, leurs yeux plissés et leurs blagues de circonstance, que ça les déprime à mort. Y’a pas vraiment de raison, moi je dis, parce que la trentaine c’est comme la vingtaine avec de la thune, mais je vois – dans ces regards désabusés et ces remarques aigres-douces – je vois la vérité… La génération Y a 30 ans et elle est totalement déprimée.

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Perso, cette grosse bullshit générationnelle avec des lettres, ça m’a toujours amusé. J’ai dû conseiller le Generation X de Coupland à des centaines de gens avant de me rendre compte qu’il y’avait meilleure littérature*. Et ça m’amuse suffisamment pour écrire dessus. Mais quand même c’est de la connerie, on le sait. On résume pas une génération en une page Wikipédia.

Rien que le trip du « Why » (génération Y + Y se prononce comme « why » en anglais = la génération Y est celle qui demande « pourquoi« ), tu sens déjà la théorie qui pue la fraude… Le bon sociologue charlatant qui veut te mettre une banane dans l’oreille en théorisant des jeux de mots.

* C’est pas vrai, je lis de la daube SF à longueur de mois.

Au bord du gouffre, à 29 ans, je sais pas pour vous, mais moi j’ai jamais clairement ressenti le besoin de demander pourquoi… Plutôt « comment » ? D’ailleurs, chuis pas le seul.

How Vs Why dans les recherches Google

How Vs Why dans les recherches Google

Comment on trouve un job ? Comment on se démerde à travers la boue du chômage ? Comment ça marche ce putain d’Internet ? Comment on fait pour avoir une situation à 25 berges comme nos parents ? Comment on loue une studette à 2000 euros par mois sans devoir cuire des lentilles avec l’eau des chiottes ? Comment on fait pour élire des gens auxquels on croit ? Comment on tombe amoureux quand y’a trop de gens dans trop de réseaux ? Comment on réussit sa vie au 21e siècle ?

Avant c’était simple :
De 0 à 10 : t’apprends.
De 10 à 20 : tu te construis.
De 20 à 30 : tu expérimentes.
De 30 à 40 : tu construis.
De 40 à 50 : tu détruis.
De 50 à 60 : tu regardes tes enfants construire et tu prodigues des conseils foireux..
De 60 à 70 : tu plantes des légumes.
De 70 à 80 : tu dépéris.
De 80 à 90 : tu meurs.
Bonus pour les plus de 90 ans : tu reçois des compliments hypocrites sur ta bonne forme même si tu portes des couches.

Sauf que la Génération des Y30 s’est retrouvée coincée entre les bonnes vieilles conventions sociétales des années 80 et la révolution digitale des noughties (les années 2000). Des années d’étude. Des années de galère avant de toucher un job correct. Des années à sauter d’un poste à l’autre sans véritable plan de carrière. Des années sans que tes parents comprennent quoi que ce soit à ce que tu fais. Mondialisation, numérisation, récession. Trois mots clés d’un nouveau paradigme traumatique qui a mené des centaines de milliers de jeunes dans la perdition mentale.

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Comment être sûr de faire les bons choix quand t’es juste un gamin de 30 piges ? Out of time. Out of fucking time. Gasoline gut with a vaseline mind.

Comment tu traverses un truc de l’ampleur de la révolution industrielle + la crise économique de 29 en gardant tes repères ? Comment tu tiens les standards hérités de tes parents dans un monde où ils n’auraient pas pu survivre ? Comment tu restes honnête envers toi-même tu as déjà du mal à savoir ce que tu veux ?

Boh, je lâcherai pas ce billet sans quelques éléments de réponse… Parce qu’on a beau morfler et payer les pots cassés d’un système qui s’égare, n’oublions pas, amis plus ou moins trentenaires, qu’on est également la génération miracle. C’est p’t’être optimiste mais…

5 mois plus tard. Oué… Je reprend donc ce brouillon avec 5 mois de retard. Franchement, je ne sais plus vraiment ce que j’allais ajouter mais on va combler.

Génération miracle donc. Celle qui n’a plus besoin de diplôme pour réussir dans les nouvelles branches. Celle qui peut se faire connaître et reconnaître, très tôt et très largement, par son talent. La génération des ados surdoués, des Parker Lewis & Ferris Bueller du quotidien. Celle qui peut évoluer plus rapidement dans une boîte parce qu’elle a traversé et muté à travers tous les changements culturels et technologiques qui ont définitivement largué la génération d’avant.

Celle en phase avec son époque : innovante mais dépressive, intelligente mais apathique, ambitieuse mais aveugle, drôle mais suicidaire.

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Pourquoi c’est comme ça ? Chais pas, on s’en fout.
Comment prendre le virage sans finir dans le décor ? Voilà une question maligne.

Mais j’ai pas la réponse.

Iron Man vs. Batman : le combat des milliardaires

juillet 26, 2013

AVERTISSEMENT : Cet article va être plein de spoilers. Si vous ne les avez pas vus mais que vous ne voulez pas vous gâcher Iron Man 3 et The Dark Knight Rises, munissez-vous d’un objet lourd, comme un marteau, et une fois parvenu au bout de votre lecture, utilisez-le pour frapper très fort sur votre boîte crânienne.

Chez DC Comics, il y a deux héros principaux. Le premier est un type sympa, journaliste, issu d’un milieu modeste, qui se bat pour les petites gens et dont l’ennemi juré est une personnification des mauvais côtés du capitalisme. L’autre est un milliardaire psychopathe qui se déguise pour taper sur des pauvres. Alors bien entendu on trouve Superman ridicule et Batman beaucoup plus intéressant.

Chez Marvel, on a aussi un super-héros milliardaire, et en plus on en a fait un marchand d’arme. Ses ennemis principaux sont… plutôt nuls. Peu importe puisque la différence entre Marvel et DC, cependant, c’est que leurs héros ne sont pas définis par leurs ennemis : ils ont des défauts, des contradictions internes, qui sont la véritable source de conflit chez eux. C’est pour ça qu’il n’y a pas un seul super-vilain aussi emblématique que le Joker chez Marvel. Le principal problème de Spider Man, c’est sa vie privée, pas le Dr Octopus et le héros Marvel ultime est probablement Hulk puisque son pire ennemi, c’est lui même. Tony Stark de son côté doit affronter ses problèmes cardiaques, son alcoolisme et, en particulier dans les films, l’industrie de l’armement dont il fait partie.

Bref, Iron Man et Batman sont tout à fait semblable sauf que pas du tout. Et c’est surtout le cas pour leur dernier film à chacun : The Dark Knight Rises et Iron Man 3. Boum Box a donc décidé bravement la réouverture de sa rubrique « critique de cinéma en retard » pour poser la question au niveau artistique, politique, social, littéraire et sémiologique : lequel de Batman ou d’Iron Man est le plus fort ? Batman-and-Ironman-combined Esthétiquement, The Dark Knight Rises est comme tous les films de Nolan : assez inintéressant. On parle ici du réalisateur qui, une fois qu’il a obtenu le budget et la liberté créative de faire le film qu’il a toujours voulu faire, a pondu Inception. Un film onirique où le monde des rêves ressemble à un film d’espionnage de série B avec Matt Damon. Et dans ce film comme dans Batman, c’est Hans Zimmer qui fait la même musique anonyme et pompeuse.

C’est pas grave, c’est pour ça qu’on a embauché Nolan : pour faire un Batman « sombre » et « réaliste » qui ferait oublier les bat-tétons crypto-gays du Batman de Joel Schumacher. C’est réussi, ce Batman est dépourvu de toute imagination, il a même la Catwoman la moins sexy de l’histoire des Catwomen. On n’est pas là pour rigoler, c’est un film sérieux.

De son côté Iron Man passe des mains de Jon Favreau à celles du réalisateur-scénariste Shane Black, qui n’est franchement pas un esthète. La direction artistique est sans intérêt, et la musique ridicule. Le point fort d’Iron Man 3 par rapport à TDKR, c’est qu’il est drôle. Entre l’humour et une palette pleine de couleurs primaires, il n’est pas très étonnant que le film n’ait pas été pris avec le même sérieux.

Même avec Marion Cotillard dans le film, Batman remporte donc assez facilement ce round. Ce qui est assez dommage, parce que sur tous les autres points, The Dark Knight Rises est un film assez puant. tumblr_mc8mn2TAfk1qaax88o1_500
Au delà de leur super héros super riche, les deux films ont un point commun structurel remarquable : la révélation, vers la fin, que le méchant n’était pas celui qu’on croyait. La révélation, dans les sectes comme dans les films, est un procédé de manipulation très efficace, qui permet à celui qui la pratique de se poser en détenteur de la vérité. L’auteur est cependant encore plus fourbe que le gourou lorsqu’il utilise ce mécanisme dans son scénario, puisqu’il a lui même établit la vérité qu’il pourfend. Méfiez-vous des auteurs !

La révélation du « vrai méchant » est particulièrement significative dans un film de super héros parce que, comme on l’a vu, le méchant définit souvent le héros, et donc le film. Avec son aura de sérieux, l’évocation de vrais sujets comme Occupy Wall Street et la Terreur, The Dark Knight Rises semble a priori vouloir dire quelque chose d’IMPORTRANT. Mais comme pas mal de blockbusters hollywoodiens, TDKR cultive une ambiguïté volontaire en accumulant les signifiants de l’importance pour affirmer l’existence d’un son sens profond sans avoir besoin de vraiment s’engager à dire quoi que ce soit.

Tels Batman balançant un pauvre type au dessus du vide pour lui faire cracher la cachette du Joker, on va tout de même insister pour interpréter ce que le film dit malgré sa ferme intention de ne pas s’engager. Voilà ce qu’on comprend : le peuple est en colère contre ses élites et il faut qu’elles sortent de leur tour d’ivoire pour l’aider. MAIS en fait non, le peuple est simplement manipulé par des forces étrangères qui veulent le chaos. L’ordre sera rétablit par un milliardaire qui se sera retrouvé lui même lors d’un stage management & varappe. A la fin, il partira à Venise avec la bonne et tout le monde sera heureux de retourner au Statu Quo.

Le saviez-vous ? Chaque année, des millionaires de plus en plus nombreux meurent en tentant d’escalader l’Everest, cette pyramide de Maslow naturelle. Aujourd’hui, on fait la queue pour escalader la plus haute montagne du monde et « se dépasser soi même ». Les millionnaires croient souvent être des Bruce Wayne, mais ils peuvent pas test.

Le saviez-vous aussi ? Pendant que les élites vivent leurs fantasmes paranos et mégalos à travers les aventures de Bruce Wayne, Occupy Wall Street n’a ni été créé ni récupéré par des forces politiques « classiques ». C’est le Tea Party, son contraire idéologique, qui, REVELATION, a été créé de toute pièce par les frères Koch. Mais parler du tea party en 2012, ça aurait fait moins « film important qui parle de l’actualité de maintenant ».

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Pendant ce temps chez Marvel, on ne s’est jamais autant pris au sérieux que chez Warner, mais on a quand même tout de suite compris le problème qu’il y avait à avoir pour héros un marchand d’arme (si vous voulez voir un film de super héros avec de gentils marchands d’arme, il faut voir Green Lantern de… Warner Brothers, tiens).

La trilogie Iron Man raconte donc la lutte de Tony Stark pour s’échapper du complexe militaro-industriel qui a fait la fortune de sa famille depuis la seconde guerre mondiale. Dans le premier il décide d’abandonner l’armement et de devenir un producteur d’énergie propre. Dans le second, il s’assure que ses nouvelles technologies ne soient pas détournées à des fins militaires par ses ex-concurrent. Dans le troisième acte, la logique dramatique veut qu’il fasse une rechute avant de triompher définitivement : il se laisse entraîner dans une nouvelle guerre par le Mandarin, un méchant classique des comics pompé sur Fu Manchu, donc une personnification du Péril Jaune.

Shane Black en fait un personnage plus proche d’Oussama Ben Laden, et ce n’est pas que pour être politiquement correct. Le twist du film est en effet très semblable à celui du Batman, sauf que c’est l’inverse : on découvre que les problèmes qui semblaient venus de l’étrangers avaient en fait une source locale. Le Mandarin n’est qu’un pantin, dont les vidéos sont tournées en Floride, et ceux qui le manipulent, qui ont tout à profiter de la guerre, c’est ce fameux complexe militaro industriel américain, qui est de mèche avec le vice président. Vous l’aurez sans doute reconnu, le scénario d’Iron Man 3 est peu ou prou une réécriture de celui écrit par Dick Cheney et George W. Bush pour leur grand succès : « War On Terror ».

La différence, c’est qu’on est dans film de super héros, et que Tony Stark est plus fort et plus courageux qu’Obama : il parvient à mettre un terme à cette guerre perpétuelle, à faire jeter Dick Cheney en prison et pour finir il décide même de détruire tous ses drones. Quand Batman était un fantasme de conservateur vaguement parano, Iron Man est un rêve de libéral déçu d’Obama, mais il y a Robert Downey Jr qui cabotine et un gamin trop attachant dans le film, donc fort heureusement personne n’ira prendre tout ça trop au sérieux. VH-meme-iron-man

Nous avons donc établit clairement que Batman représente l’idéal de la droite américaine, alors qu’Iron Man est celui de la gauche. La gauche caviar, sans doute, puisqu’il est milliardaire, mais une gauche avec des idéaux un poil moins puants que ceux des marchands de guerre.

Cette révélation nous permet en tout cas de conclure indubitablement lequel de Batman ou d’Iron Man est le plus fort. Jetez donc un œil à la réalité autour de vous : Dick Cheney vit une retraite paisible avec l’argent d’Halliburton, George W. Bush peint des chiens alors qu’Obama a refusé de les poursuivre pour crime de guerre, qu’il n’a même pas fermé Guantanamo et passe ses journées à espionner les gens et envoyer des drones tueurs sur ceux qui ne lui plaisent pas. Clairement, l’un des deux idéaux l’emporte sur l’autre.

Consolez-vous, fans d’Iron Man, votre héros a quand même remporté le combat le plus important : au box office mondial, c’est lui qui a fait le plus d’argent.

Richie Rich Money

Avez-vous besoin de Google Glass ?

juillet 1, 2013

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Les Google Glass vont bientôt être disponibles pour le grand public, et elles vont être la plus grande révolution dans le monde des lunettes depuis l’invention du monocle. Une étude de marché leurs prédit un succès comparable à celui de l’iPhone. Pourtant quand Google les a révélées pour la première fois, tout ce que les journalistes trouvaient à dire sur le sujet c’était que ça avait l’air sympa mais qu’ils doutaient que quiconque soit prêt à assumer de porter un truc aussi ridiculement geek. Il faut croire que le long labeur des geeks pour être perçus comme des connards misogynes comme les autres a enfin payé : aujourd’hui, Google Glass pourrait devenir mainstream.

Passé le problème de l’apparence, on a donc commencé à réfléchir aux implications pour nos vies privées et nos relations sociales, et ces bêtes lunettes ont cristallisées autour d’elle tout un tas d’enjeux et d’anxiétés. Au point que des représentants d’hôpitaux, de chaînes de cinéma, de casinos et des patrons de bars ont déjà annoncé qu’ils avaient ou allaient interdire les Glass chez eux. Au point qu’un mouvement « Stop The Cyborgs »  se soit lancé contre Google Glass. Au point qu’un sénateur américain envisage déjà de les interdire au volant, et que le congrès américain ainsi que le Canada, le Mexique, Israël, la Nouvelle Zélande, l’Australie et la Suisse ont décidé de questionner Google sur le sujet. Et toute cette paranoïa, c’était avant PRISM et la confirmation de ce qu’on savait tous déjà : la NSA enregistre tout ce qu’on fait sur internet.

C’est un peu extrême pour un appareil qui ne fait rien qu’un smartphone ne puisse déjà faire, mais qui le fait sur notre nez.

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Comment exactement les Glass ont-elles pu générer une telle panique morale ? On peut classer les arguments des anti-Glass dans deux catégories. La première, c’est la peur du porteur. Par exemple,  si quelqu’un porte des Google Glass, comment savoir si vous avez son attention, s’il n’est pas en train de regarder du porn pendant qu’il vous parle ? De l’avis de tout ceux qui se sont trouvé dans cette situation, ça se voit tout de suite. Le vrai problème : les Glass pourraient l’inciter à vous ignorer pour regarder du porn, ou vérifier les cours de ses actions, checker ses emails, etc… Et ce alors que vous vous en rendez parfaitement compte. Ce qui, encore une fois, est déjà tout à fait possible avec un smartphone, bien sûr.

Plus grave problème : comment savoir si les Glass ne vous filment pas ? Certains imaginent déjà un futur où on pourrait être filmé partout, tout le temps, à notre insu. Sans aucun moyen de le savoir. Beaucoup n’ont pas pris la peine de se renseigner un minimum pour apprendre qu’une LED rouge s’allume lorsque les Glass filment, rendant l’action assez visible. Surtout, ils semblent oublier qu’on peut déjà filmer et photographier à tout moment et en toute discrétion avec un smartphone (ou d’autres appareils plus discrets encore que les Glass). N’ont-il jamais entendu parler des creepshots ?

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La réponse de Google à toutes ces inquiétudes ? Un communiqué assez bref où ils expliquent qu’ils ont conçus leurs Glass de façon à ce qu’on voit lorsqu’elles sont utilisées, et qu’ils comptent bien que des conventions sociales s’établissent autour de leur usage. Après tout, si tout le monde ne filme pas n’importe qui, n’importe quand dans la rue, ce n’est pas à cause de limitations techniques mais bien grâce aux conventions sociales.

Mais ces conventions ne sont pas écrites dans la pierre. Elles se font et se défont au fil du temps, et l’impact des smartphones, par exemple, est encore loin d’avoir fait sentir toutes ses conséquences. Il y a quelques années, on se sentait bien confortés dans nos préjugés sur le Japon, pays des pervers, en apprenant que leurs iPhones étaient les seuls sur lesquels on ne pouvait désactiver le son de l’appareil photo, une contrainte imposée pour limiter le nombre de photos prises sous les jupes dans le métro. A l’époque, on ne parlait pas encore chez nous du phénomène des creepshots, mais il aura suffit de quelques années pour que la pratique devienne mainstream. Il y a quelques années, les sites de revenge porn faisaient les gros titres parce qu’ils prétendaient publier des sextapes envoyées par des ex amants mauvais perdants, mais ils n’étaient remplis que de fausses vidéos amateurs. Aujourd’hui, n’importe qui publie les photos nus de n’importe qui juste pour s’amuser.

Même chose avec le problème de l’attention : combien d’entre nous n’auraient pas envoyé de SMS pendant un dîner en tête à tête il y a quelques années mais regardent leurs mails sans y penser maintenant ? La tentation de jeter un œil à son smartphone est telle que dans certains milieux, on joue un jeu lors des dîners : tous les convives posent leur téléphone ensemble sur un coin de la table, et le premier qui va récupérer le sien paye l’addition. En réduisant de quelques secondes le temps qui nous sépare des distractions, les Glass ont donc le potentiel de faire de nous encore un peu plus des connards.

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Si votre smartphone n’a pas encore complètement détruit votre attention, vous vous rappellerez peut-être que j’avais évoqué l’existence d’une seconde catégorie de glassophobie. La première était la peur du porteur, celle-ci est la peur de Google.

Glass, encore plus que la X-Box One avec sa caméra de salon directement inspirée de 1984, a un potentiel orwellien énorme. Il y a déjà tout un tas de lifeloggers et d’apôtres du data-self qui fantasment sur le potentiel des Glass. A travers eux la norme d’usage des Glass pourrait devenir « enregistrer tout, trier plus tard ». Google sera de toute façon plus que content d’accueillir toutes ces données sur ses serveurs (le seul problème, pour l’instant, ce serait plutôt l’autonomie des Glass). Imaginez le pouvoir des datas ainsi collectées associées à la reconnaissance faciale. Sentant que parler de « conventions sociales » ne suffirait par sur ce coup, Google a d’ores et déjà interdit les applications utilisant cette technologie, mais ce n’est pas comme si Google était capable d’interdire à la NSA d’espionner ses utilisateurs.

De toute façon, peu importe qu’on choisisse ou non d’allumer nos Glass toute la journée. Avec le Murdochgate qui a éclaté l’an dernier, le public apprenait que ce n’était pas bien difficile pour des hackers d’activer les micros des téléphones et d’enregistrer ce qui se disait en dehors d’une conversation téléphonique. Big Brother pourrait facilement allumer nos Glass à notre insu pour filmer tout ce sur quoi nous posons le regard. La seule vraie solution pour échapper à cette surveillance serait de faire comme Edward Snowden et demander aux gens qui rentrent chez vous de mettre leurs appareils au frigo.

Avec Google Glass, tout espace public devient potentiellement beaucoup plus public, et les espaces privés ne le sont plus tellement. Cela dit, encore une fois, ce n’est pas comme si nous ne pouvions pas déjà être tous tracés par nos smartphones. L’image n’est vraiment qu’une donnée supplémentaire potentiellement riche en enseignement mais pas du tout indispensable pour savoir tout ce qu’il y a d’important à savoir.

Au final, la question que chacun doit se poser, c’est celle là : avons-nous vraiment besoin de Google Glass ? Sommes nous prêts à détruire nos relations sociales et risquer de vivre une dictature totalitaire de type nord-coréen pour profiter des quelques services rendus par un appareil électronique un peu trop intelligent ? En fait on aurait du se poser cette question il y a dix ans. Posée ou pas on y de toute façon déjà répondu par un grand « oui ». C’est probablement trop tard maintenant, on ne peut plus retourner aux 90’s problems.

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La seule question qui reste donc à poser, c’est celle là : qu’est-ce qui va nous empêcher de courir vers les porteurs de Glass dans la rue en criant « OK Glass, go to goatse.cx » ? Et la réponse c’est : rien. Rien du tout.

Les geeks sont des connards comme les autres

mai 19, 2013

doctor house approvesTout le monde a vu passer le long dossier de Mar_Lard sur le sexisme chez les geeks. Un truc carrément admirable, bien sourcé, bien troussé et globalement une bien saine lecture. Un peu moins de gens ont vu passer le billet de Fish sur toutes les bonnes raisons qui devraient pousser les geeks à être féministes. Très personnellement, en tant que môme unique élevé par une mère seule et englué à des écrans depuis aussi longtemps que je m’en souvienne, je trouve ces  deux papiers plutôt très chouettes : malins et gourmands comme un bon plat de Top Chef.

Mais y’a un truc qui me fait chier dans les deux, et qui fait saigner mon coeur critique : ils partent du postulat que les communautés geeks sont composées de gens futés, curieux et intelligents, qui ont mal tournés par le fait d’un traumatisme social. Machisme ambiant + instinct grégaire chez Mar_Lard. Souffrance sociale + désir de vengeance chez Fish.

Mais j’aime pas trop ça. Moi je pense pas qu’ils ont soufferts plus que d’autres. Je pense pas qu’ils sont intelligents. Ou louables. Ou défendables. Ou rigolos. Ou visionnaires. Ou rétrogrades.

Moi, je pense plutôt que c’est des connards. Et par extension, je pense que les loisirs geek sont des loisirs de connards.

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  • Parce que passer 130 heures à leveler un mage-pyromancien dans Dark Souls, c’est une activité de connard.
  • Roxxer Rayman Origins en battant tous les time modes pour récupérer 100% des Electoons, c’est aussi une activité de connard.
  • Résoudre toutes les challenges de Arkham City pour faire taper l’Arcade Perfect, c’est encore un truc de connard.
  • Ruiner son temps pour acheter toutes les fringues de Travis sur les jeux 8-bits pourraves de No More Heroes 2, on pourrait difficilement trouver plus connard.
  • Et niquer 75 heures de sa vie à accomplir tous les défis de Hitman Absolution, c’est définitivement une belle activité de connard.

Je parle pas des comics et des jeux de rôles parce que vos cerveaux fonctionnent et que avez déjà saisi où je veux en venir : l’obsession est la vertu du connard. La personne suffisamment fondue par un jeu, un monde imaginaire ou une équipe de foot pour y consacrer tout son temps disponible n’y raisonne plus. Elle se définit à travers cette passion et lui confère tous types de qualités et de défauts travestis par le prisme de sa vision. Bref, elle le fantasme.

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Ensuite, elle vous en parle en soirée pendant 40 minutes, la passion brillante à travers les vapeurs d’alcool, sans se rendre compte que vous vous en battez les reins et que vous êtes juste poli. Si vous intervenez, cette personne vous corrige. Quand on est passionnés, on a déjà vécu ça, et parfois on l’a fait.

« J’aime bien Radiohead !
– Putain, tu devrais trop écouter les trucs de Johnny Greenwood en solo, ce mec est le meilleur du groupe, c’est lui qui fait le son de Radiohead… et t’as déjà entendu les BO de… et de… ! »

« J’ai fini Chrono Trigger !
– Putain, tu devrais trop te lancer dans Xenogears, le RPG le plus complexe de l’univers… et l’histoire est incompréhensible, c’est trop ouf… à côté de ça, Evangelion c’est Tom Tom & Nana… et aussi… ! »

« J’ai trop kiffé le but de Zlatan !
– Sérieux, tu devrais checker la carrière de Pelé… le plus grand joueur de tous les temps… et cette passe pendant le match de… et ça encore, oh la la… »

Tu vois où je veux en venir : toutes les passions te transforment en connard suffisant qui fait chier son monde sans qu’on lui ait rien demandé. En vrai, si t’avais tant de choses intéressantes à dire, tu ferais de l’art.

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Bien peu de choses séparent finalement des groupes de garçons mono-cérébraux qui se regroupent pour fantasmer ensemble leur passion commune : soit-elle se doucher ensemble dans des vestiaires vaporeux ou suer de concert pendant une LAN ou un Hackaton.

Saupoudrons tout cela de notre culture patriarcale dominante, cette machine à intoxiquer la pensée (la même qui fait scander aux plus teubés « un papa, une maman »), ajoutons-y l’impossibilité de se faire casser la gueule sur Internet pour ce qu’on y raconte (thank you, Progress !), une pincée d’instinct grégaire numérique et on obtient rapidement une jolie fosse à machisme… Culture du viol, encore et toujours. Et mince, qu’est ce qu’elle sévit bien dans le monde Geek, un vrai petit club de saucisses.

Alors que faire ?

Dans les premiers chapitres du Monde selon Garp, la maman du futur Garp cisaille au scalpel la cuisse d’un soldat qui la tripote sans lui demander son avis dans un cinéma mal éclairé.

Pas mal, nan ? Efficace.

Parce que lorsque Miranda Pakodzi se faisait emmerder par Backthanians pendant le tournoi Tekken, la bonne solution n’était pas de serrer les dents et d’encaisser, ou de se planquer, ou d’espérer le soutien des crétins autour, la bonne solution aurait été de coller à cet alpha-connard un aller-retour dans la gueule et un genou dans l’entreboules, en livestream et en souriant.

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Parce que jamais, dans l’histoire des groupes sociaux oppressés, rien n’a évolué sans un soupçon de violence salvateur. Parce que les dominants se serviront continuellement de la violence, physique ou psychologique, pour asseoir leur acquis. On est plus à la maternelle, on sait bien que les maximes comme « la violence ne résout jamais rien » ou « il faut respecter les autres pour être respecté » sont de douces fables bisounours pour que tout le monde garde bien sa place dans l’échiquier.

1310776090738Mesdemoiselles mesdames, vous vous êtes suffisament faites niquées, reléguées au troisième rang de l’Histoire ou aux proverbes complaisants genre « Derrière chaque grand homme… » (derrière, évidemment, parce qu’à côté y’avait qui ? Un autre mec, sans doute). Un siècle de lutte et vos droits sont toujours bafoués, vos salaires réduits, vos ambitions moquées et vos sécurités incertaines. Pas assez de scalpels plantés dans suffisament de cuisses…

Et parce que les geeks sont des connards ignorants comme les autres, les geekettes devront leur couper les couilles et les porter en pendentif pour leur arracher l’équité. Parce qu’elles ne seront jamais considérées comme des pairs par la conjuration des bâtards, elles n’auront pas d’autres choix que de se battre et de leur cracher à la gueule. Riot grrrl du numérique, elles devront jouer du frag et du kick-ban pour récupérer ce qui leur revient de droit : le respect de leurs pairs & l’admiration béate de leurs inférieurs.

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Fish l’a déjà dit : tous les geeks devraient être féministes. C’est une grosse putain d’évidence, et je pense que tous les geekos malins sont déjà défenseurs de la cause. Quant aux autres, tas informe de petites  frappes flippées et frustrées, cachez bien vos quéquettes anonymes. Parce que Mar_Lard a raison, le mouvement va s’organiser et le couperet tombera partout où vous faites éclat de votre petite mysoginie de connivance. Croyez-le : on vous amputera jusqu’à l’égalité. Et chacune de cet petites verges p(l)eureuses sera un achievement dans une croisade qui n’a que trop tardé.

Tout le monde le sait : Lara a toujours été 1000 fois plus cool que Duke.

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mai 7, 2013

Bienvenue à @Alphoenix qui est notre premier auteur invité sur Boum Box. Toi aussi tu veux partager tes bons plans avec la joyeuse communauté avec un U ? Lâche ton com, biatch.

C’est en croisant la doux visage d’Elle Fanning vantant les mérites d’un nouveau parfum que je me dit que j’ai l’idée du siècle. Celle qui me permettra de lancer une start-up, de me faire racheter par Yahoo pour quelques millions d’euros pour que les filles se jettent sur moi.

Il existe Shazam pour reconnaître n’importe quel morceau de musique. Il a brièvement existé “Juif ou pas juif” pour rapidement savoir le niveau de judéité de ses stars préférées. Mais face au doux visage de la jeune fille, ce n’est pas une quelconque mélodie qui m’intéresse. Une seule question me taraude. Peut-on légalement fantasmer cette beauté sylphide, rappelant NKM auprès de son arbre et de sa harpe ? Ne risque-t-on pas de se retrouver comme devant les photos de Béatrice Martin, de Coeur de Pirate, sur SuicideGirls, à craindre à tout moment que la cyberpolice frappe à la porte pendant qu’on contemple dans le détail les tatouages, et le sein se trouvant entre les deux ? A quand l’application “Legal or not” ?

Not sure if she's 18 or slutty 14

En deux trois requêtes Google, je découvre que la jeune fille est née en 1998. A peine 15 ans donc, il faudra être patient. Et deux trois requêtes plus tard, je me retrouve sur Age of consent. Un site qui semble plutôt bien documenté pour connaître l’âge légal des relations entres personnes de sexe différents, ainsi que de même sexe. Les dernières mises à jour datent de 2001. Sûrement que depuis, la page Wikipédia équivalente, site lancé à la même époque, donne toutes les réponses nécessaires.

“How old is old enough ?” Le site a le doux parfum du “daté”. En 2001, la sodomie est toujours punie au Texas et dans de nombreux autres états. Les relations sont autorisées plus tard pour les homosexuels que pour les héteros dans différents pays d’Europe.

Mais, au fil de la navigation dans ce qui semble être un site serviciel plutôt bien fichu, quelques indices font douter quand à son utilisation. Par exemple, l’apparition dans l’en-tête d’une vieille bannière de pub pour les petites pilules bleues. Et puis surtout, les commentaires des lecteurs, toujours prompts à donner quelques précisions sur telle ou telle jurisprudence. Une incise par exemple sur le tourisme sexuel explique que même si on fréquente une personne de 14 ans au Japon, où c’est légal, on peut être poursuivi dans son pays d’origine si la loi y est différente.

“I want to be clear on this, if you are in a country where the age of consent is 14, then you can have consensual sex with that person, you just can’t pay to have sex with a 14 year old while you’re there.”

La lecture devient un peu plus dérangeante. Un peu plus loin, un homme raconte son expérience. “Her ad stated 16. She was 15. She was 16 at the time of the flight. Age of Consent in Kansas is 16. All Charges dismissed by 10th Circuit.” L’homme est sauf, la morale un peu moins, mon errance sur Internet prend néanmoins un goût légèrement amer. Le site est constamment sur le fil, entre information à destination des adolescents pour éviter la prison par surprise et guide du tourisme sexuel pour trouver les bons plans où toucher des jeunes, voire plus jeunes encore, sans se faire prendre.

DIY Pedobear

On s’égare. L’application “Is she legal yet ?” ne semble pas exister. En attendant, pour les Jean-Luc Lahaye de passage, on peut compter sur l’ingénierie de M. Wolfram et savoir qu’il faudra attendre avril 2016 pour ne plus rien craindre.

Pourquoi les geeks devraient tous être féministes

mars 19, 2013

Avertissement épilepsie : J’avais commencé à écrire cet article quand est paru le dossier de Mar_Lard « Sexisme chez les geeks, pourquoi notre communauté est malade et comment y remédier« . C’est un dossier ultra complet, impressionnant par son étendue, et depuis qu’il est paru j’ai l’impression que toute ma timeline ne parle que de ça. Du coup que je le veuille ou non, mon article à moi sera considéré comme une réponse à celui de Mar_Lard. Donc autant y aller vraiment, et l’écrire cet article comme une réponse, au risque d’être accusé de mansplaining. Ca va donc être assez critique, mais sur l’argument principal nous sommes d’accord : il y a un problème de sexisme dans les communautés geek.

Ah, et attention, si vous êtes épileptiques photosensible, cet article contient des gifs animés qui peuvent vous tuer.

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Depuis que j’ai arrêté de gagner ma vie en écrivant tout le mal que je pensais de certains musiciens populaires pour Fluctuat et que je recevais des menaces de mort assez régulièrement (il doit toujours y avoir des fans des Red Hot Chili Peppers qui veulent ma tête), j’ai rarement antagonisé autant de monde qu’en écrivant un article sur le sexisme chez les geeks. Il faut dire que j’ai aussi rarement été aussi agressif, parce que le sujet m’énerve particulièrement. Je suis moi même labellisé geek mais contrairement à beaucoup, semble-t-il, je pense que les geeks auraient tout à gagner à être féministes. Et moins homophobes. Rassurez-vous, je vais vous épargner l’article accusateur sur le mode « les geeks sont tous de gros homophobes« , j’en ai marre de me faire insulter. Au pire, je vais traiter les geeks de sales gosses de riche et tout ce que je risque, ce sont des témoignages en commentaire de types qui ont grandit sans l’argent pour se payer une NES.

Le fait de susciter une telle levée de bouclier quand on parle de sexisme chez les geeks n’est pas anodin. On se rappelle tous la première communauté geek qu’on a rejoint et ce sentiment d’avoir enfin trouvé des semblables après avoir grandit dans l’ostracisme. Toute communauté se définit autant par qui elle inclue que par qui elle exclue, et les communauté geeks excluent généralement sur la base de la connaissance de Star Wars/des jeux vidéo/des langages de programmation (rayez la mention inutile). Ça leur donne l’impression d’être une méritocratie. Mais ce sentiment de rejet ressenti par les geeks lorsqu’ils sont confrontés à la société « normale » est presque aussi essentiel. Il renforce le sentiment d’appartenance.

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Quand quelqu’un se plaint du sexisme chez les geeks, ça remet en cause ces deux mythes : celui de la pure méritocratie et celui du geek martyre. Apparemment pour certains geeks, l’idée que quelqu’un d’autre souffre viendrait réduire la gravité de leur propre souffrance.

C’est justement aussi le point faible dans le dossier de Mar_Lard : elle y nie carrément le harcèlement dont sont victime les geeks. Je ne vais pas dire que l’oppression anti-geek est quelque chose d’aussi lourd et grave que celle subie par les femmes, mais je sais une chose : jouer les oppressions les unes contre les autres, se lancer dans un concours de la plus grosse souffrance, c’est toujours contre productif. D’abord parce qu’on se fait des ennemis de ceux qui devraient être nos alliés, ensuite parce qu’à ce petit jeu là, personne ne peut battre les enfants nés dans un camp de prisonnier nord coréen. A côté d’eux, aucun d’entre nous n’a le droit de se plaindre de quoi que ce soit. Historiquement, les mouvements libertaires qui sont tombés dans le piège du concours du plus opprimés se sont toujours fait avoir. Il suffit de regarder comment certains mouvements d’extrême droite européens jouent le féminisme contre l’immigration pour se rendre compte que ce jeu ne profite jamais aux opprimés.

Alors OK, voire un geek jouer les martyres, c’est souvent énervant, surtout que ce ne sont pas forcément ceux qui ont le plus souffert qui se plaignent le plus. Mais quand un geek s’est fait frapper, cracher dessus et humilier pendant son adolescence, lui dire qu’il doit la fermer parce que la représentation de Lara Croft dans le dernier Tomb Raider est problématique… Je ne sais pas vraiment à quoi ça sert.

master bates

Mar_Lard appelle les geeks à découvrir un peu les sciences sociales pour comprendre un peu mieux le sexisme de la société dans laquelle ils vivent. En fait, cette ignorance est la seule source du sexisme geek qu’elle mentionne. C’est dommage de se revendiquer ainsi des sciences sociales, dans un dossier aussi complet par ailleurs, sans prendre le temps d’évoquer les racines sociologiques du phénomène qu’on étudie. Sans parler du fait que l’assertion que les geeks feraient des études techniques et/ou scientifiques et ignoreraient tout des sciences sociales résisterait probablement à l’examen si on ne considérait comme geek que les ingénieurs en informatique, mais rien n’indique que ce soit le cas pour les gamers ou les lecteur de comics.

En fait, c’est là que ne pas ignorer le harcèlement dont les geeks sont les victimes s’avère utile, parce que comme je le disais au début, il est fondateur pour la communauté. Le geek croit généralement qu’il est harcelé parce qu’il est intelligent et parce que les autres n’aiment pas les donjons, les dragons, les super héros et les jeux vidéo… Argument qui ne tient pas vraiment la route au minimum depuis les succès publics de Star Wars et Tetris.

En fait, geeks, si on vous tape dessus c’est pour deux raisons : le sexe et l’argent.

- fuck bitches get money

Lire, jouer à des jeux compliqués, être meilleur que la moyenne à l’école, désolé de vous l’apprendre si vous vous preniez pour des génies, mais c’est souvent davantage un signe de votre appartenance à une classe sociale privilégiée plutôt que d’une intelligence supérieure. Ajoutez à ça un dédain pour le sport, la violence ou les activités manuelles, et non seulement vous êtes marqués dans la cour de récré comme un sale gosse de riche, mais aussi comme une « fille, une « tapette » ou un « pédé ». Préparez-vous à recevoir des coups.

Bien souvent à la maison et systématiquement dans le monde terrifiant de l’Education Nationale, on apprend tous entre nous à bien respecter la loi des genres. Les filles jouent avec les filles à des jeux de fille qui impliquent des poupées ou des dînettes  Les garçons à des jeux de garçons qui impliquent des cris et des bleus. Le jeu de rôle ou la lecture ne rentrent pas tout à fait dans ces cases et sont donc suspects. La réponse de nombreux geeks, c’est de développer leur propre échelle de valeur où on ne prouve pas sa virilité à travers des jeux physiques, mais en en sachant plus long sur les Terres du Milieu que son voisin ou en étant capable d’enchaîner les headshots une souris à la main.

Et au passage, histoire d’être sûr que vraiment, on ne les prend pas pour des filles ou des homosexuels, certains vont adopter une attitude particulièrement misogyne et homophobe. Dès qu’ils verront une fille se connecter sur WoW ils la harcèleront. Il se traiteront de fags entre eux comme d’autres finissent toutes leurs phrases par « No Homo« . Parce que depuis tout petit on leur apprend à qu’il faut éviter de passer pour efféminé à tout prix, et qu’il faut bien dissiper toute potentielle tensions homosexuelles dans les rassemblements entre hommes. A travers la pression sociale, l’humiliation, les coups. C’est con, c’est la même chose qui se passe dans les vestiaires de beaucoup de clubs de sports, mais c’est comme ça.

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Expliquer cette attitude ne la justifie pas, mais ça aide à mieux la combattre. Stigmatiser le geek sexiste, c’est nourrir son complexe du martyre. Ce que j’aimerais, c’est plutôt lui expliquer que le combat féministe est tout à son avantage. Libérer les femmes des carcans du genre, ça ne peut pas se faire sans libérer les hommes eux aussi. Reconnaître aux femme un statut d’égales de l’homme, reconnaître aux valeurs genrées « féminines » un mérite égal aux valeurs genrées « masculines » et reconnaître à chacun le droit d’exister où il veut entre ces pôles obsolètes… les geeks, hommes ou femmes, ont tout à y gagner.

On ne nous tapera plus dessus parce qu’on est des tapettes ou des pédés, et on n’aura plus besoin de prouver qu’on est virils en harcelant les gameuses et en chassant le fantôme de la fake geek girl. On ne nous tapera plus dessus que parce qu’on est des sales gosses de riches. C’est déjà un peu mieux, non ?

Keep calm and read the internet

mars 10, 2013

Donc en gros, il y a quelques jours de ça, les twittos royaume-uniens se sont élevés contre l’oppresseur. Tels leurs congénères d’Iran ou de Syrie, ils ont utilisé le réseau social officiel des révolutions pour crier leur colère. A l’origine de la fronde, une série de t-shirts vendus sur Amazon.co.uk :

keep calm and rape a lot

Je ne vais pas vous faire un discours sur la liberté d’expression sur les t-shirts. La liberté d’expression, je suis plutôt pour, mais un jour dans une boutique à Harajuku j’ai trouvé un t-shirt avec une grosse croix gammée et ça m’a fait un peu bizarre dans mon coeur. Arrêtez avec vos questions personnelles.

Non, ce dont je voudrais vous parler, c’est de compréhension des algorithmes et de compréhension des internets. Comme l’explique Pete Ashton sur son blog où j’ai piqué cette anecdote et les 2-3 prochaines explications, dans cette histoire il y a plusieurs niveaux d’incompréhension de la part de la foule en colère. D’abord il y a une erreur d’attribution : ces t-shirts ne sont pas vendus par Amazon, mais par une entreprise appelée « Solid Gold Bomb ». Amazon, via son service « Market Place », joue un peu le même rôle que Le Bon Coin quand vous y vendez la collection de santons de votre grand mère presque morte. Ce ne sont que des intermédiaires et on ne saurait les tenir responsables de la présence d’un santon représentant le Maréchal Pétain sur leur site. Ou si vous pensez le contraire vous pensez aussi que Twitter devrait censurer les tweets racistes et que les FAI devraient contrôler les contenus pédonazis qui passent dans leurs intertubes et vous l’aurez bien mérité le jour ou vous vivrez dans un cauchemar orwellien.

twitprop

Mais le vrai malentendu, c’est que ces t-shirts n’existent pas. Non seulement ils sont imprimés à la demande, ce qui fait déjà qu’ils n’existent que potentiellement, mais surtout les mots « Keep Calm & Rape A Lot » n’ont jamais été pensés et écrits par qui que ce soit. Les petits malins derrière Solid Gold Bomb ont pris un mème, celui du détournement du poster « Keep calm & carry on », et ont créé un algorithme qui leur a permis de mettre en vente plus de 500 000 t-shirts différents proposant des variations sur ce mème. L’immense majorité des t-shirts générés automatiquement par l’algorithme n’ont aucun intérêt, voire aucun sens, mais peu importe puisque le coup de l’opération est nul. Sur la masse il est toujours possible de tomber par hasard sur un t-shirt qui va se vendre, même à un exemplaire.

MEME-Money

Qui blâmer dans cette affaire : Amazon qui permet un peu à n’importe qui de vendre n’importe quoi (mais qui a assez vite retiré les t-shirts une fois alerté)  ? Les mecs de Solid Gold Bomb qui n’ont pas pensé à inclure « rape » dans leur liste de mots interdits ? Moi je dirais qu’il faut plutôt blâmer les personnes qui ont crié au scandale sans prendre le temps de comprendre après qui ou quoi. Ceux qui ont perdu et fait perdre beaucoup de temps et d’énergie qui auraient pu être consacrés à la recherche sur le cancer ou au débouchage de mon évier.

Le vrai problème, c’est que les gens ne comprennent pas comment internet marche, et ne savent pas ce qu’est un algorithme. Pourtant une grande partie des twittos qui se sont rebellés contre ces t-shirts fantômes faisaient sans doute partie de la génération Y, aka les « digital natives », qui sont censés être nés avec une connaissance innée des intertubes, des médias sociaux, et fournir des exemples édifiants aux futurologues bullshitters pour leurs conférences TED. Du genre « pour ma fille, un magazine c’est une iPad en panne » ou  « Ma fille s’est levée et à regardé derrière la télé pour chercher la souris« . Et si ces exemples n’illustraient pas la capacités innées des jeunes ã comprendre les nouvelles technologies dans qu’on leur explique ? En fait, peut-être que les enfants des gourous du digital sont simplement stupides.

Parmi ceux qui ne croient pas que les enfants peuvent tout apprendre par osmose, il y a aujourd’hui ceux qui voudraient que tout le monde apprenne à coder à l’école. Le monde autour de nous est de plus en plus « programmé » et ce serait une bonne chose qu’on comprenne tous un peu mieux comment le monde fonctionne Et ce n’est pas en rediffusant Matrix et Minority Report sur TF1 qu’on va améliorer la situation.

- im gonna reroot the firewall database with tcp encoding and

Ce serait sans doute pas mal d’enseigner plus largement des rudiments de programmation mais certainement pas suffisant. A la lointaine époque de mon adolescence, j’étais censé faire partie d’une génération biberonnée à la télé, capable de comprendre tous ses codes et de voir à travers tous ses pièges. Je croyais à ces conneries, moi, quand je les entendais répétées à la télé. Et puis un jour au lycée j’ai du expliquer à un de mes camarades que non, les chaînes ne payaient pas les marques pour avoir le droit de diffuser leurs pubs. A la fac j’ai du expliquer à un groupe de travail que non, les infos sur TF1 et les infos sur Arte n’étaient pas les mêmes. J’ai du me rendre à l’évidence : ma génération était teubée.

C’est la même chose pour les « digital natives » : ils savent peut-être ce qu’est un hashtag comme mes potes savaient programmer leur magnétoscope avec le showview pour leurs parents, mais ça n’empêche pas qu’il tombent dans le panneau quand on essaye de leur faire croire que Facebook va devenir payant (le corollaire, c’est qu’ils croient donc que Facebook est gratuit) ou que quelqu’un chez Google lit vos mails.

On peut apprendre quelques techniques de survie de base par osmose, mais probablement pas à avoir une vision critique des structures de son environnement. Et apprendre aux jeunes à coder ce serait sûrement bien pour tout un tas de raisons, mais ça ne résoudrait pas plus les problèmes de compréhension des médias qu’apprendre à se servir d’un caméscope n’a évité à ma génération de laisser la télé choisir ses présidents pour elle.

Bien entendu, comme à l’époque des vieux médias, ça n’est dans l’intérêt de personne, que les jeunes comprennent vraiment comment marche le monde. Ils seraient foutus de se mettre à réfléchir ensuite, et qui sait où cette pente glissante pourrait nous mener ? Mieux vaut qu’on continue tous à se battre contre des t-shirts qui n’existent pas.

Web 3, où es-tu ?

février 22, 2013

Vous vous rappelez l’époque où on a tous fait le saut vers le « Web 2.0 » ? C’était en 2005. Ouais déjà. Tout juste 5 ans après que la moyenne d’entre nous ait eu son premier accès au net, genre 1999 ou 2000 chez AOL.

« Participatif » était le buzzword du Web 2. Ça venait des blogs, ça a été confirmé par les réseaux sociaux et aujourd’hui c’est déclinable à l’infini : la politique, l’amour ou une recette de pâtes au fromage c’est devenu participatif. Et dites donc, on a passé 8 ans à bouffer du participatif, à donner un espace d’expression à tout le monde sans que ça génère plus d’écoute, et maintenant qu’on finit par user même le participatif, la question se pose… Mais c’est quoi après ? Il est où le Web 3 ?

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Le Web de la nouvelle économie ?

Quand je bossais à Fluctuat et qu’on regardait Wikipédia grandir sous les hourras de la foule participative, on se disait, tout néo-journaliste-web qu’on était, qu’un jour le principe de Wikipédia serait appliqué par des grosses boîtes, qui arrêteraient de payer des journalistes pour produire du contenu qui servent à vendre les pubs. On pensait que ce serait ça le Web 3 : le web des putes, des géants de la presse qui feraient des montagnes de thunes sans payer un seul journaliste.

Finalement non. Zuckerberg est arrivé et a créé un supermarché géant où les contenus c’était nos vies et le marketing c’était nos égos. Il est devenu riche, il a niqué les géants de la presse, il a imposé le full-participatif, mais il a pas créé le Web 3.

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Le Web cybernétique, t’as vu ?

Puis ensuite, ces dernières années, j’me disais que vu le fantasme cybernétique qu’on vit avec les smartphones et les tablettes (ces prothèses numériques de nos pauvres corps sans wifi), y’a qu’à attendre que l’épidémie numérique touche tous les objets qui nous entourent, du frigo à la cuvette des chiottes, pour que le Web 3 apparaisse… Les objets connectés, partout… Après le Web « participatif », le Web « sensible ». Le Web qui n’a même plus besoin de toi pour commander du lait, tirer les rideaux ou éteindre le four. Le Web tellement connecté au monde et à tes goûts qu’il contrôle une partie de ton environnement afin de te le rendre meilleur.

Après, il fait la révolution et ta cafetière t’explose dans la gueule le matin, puis tu deviens l’esclave de la brosse à dent. Ça ç’aurait été le Web 4, le Web « bien fait pour ta gueule, t’avais pourtant vu Terminator« .

Mais en fait non. J’ai vu le Web des objets connectés, et les objets ils sont pas très intelligents. J’ai même écouté un mec qui parlait du réseau social des objets connectés et j’ai réalisé avec horreur à quel point c’était pas punk-funk du tout. C’était un pétard mouillé de geekos tristounet. Le Web 3, c’est pas quand la fenêtre te parle, ça c’est la depression.

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Le Web sémantique, alors ?

Chez les chercheurs, la promesse du Web 3, c’était la sémantique. On arrêterait de ne voir que le titre des articles, des sites et des fichiers et on déplacerait le focus sur ce qu’ils ont à dire. Finie la supercherie de façade, la promesse d’un Web sémantique, c’était de creuser sous la surface et de dévoiler au monde esbaubi la beauté intérieure de la Web. On pourrait rechercher, en trois clics, tous les reportages vidéos évoquant plus de 18 minutes les avantages fiscaux au Yémen du Nord, ou retrouver sans aucun indice tous les discours de Barack Obama où il prononce le mot « funky« .

Une fois encore, que nenni !! Le sémantique, mot clé qui faisait gigoter les investisseurs dans leurs culottes il y a quelques années n’est déjà plus qu’une arlésienne ringarde. Même l’ami Google s’y est cassé les dents et n’en aura sorti qu’un service tout pourrave de sous-titres à la volée pour YouTube. On dirait bien que des océans passeront sous les ponts (qui auront le temps de s’écrouler) avant que les machines puissent piger, manipuler et curer (haha, ce verbe) le sens des mots. C’est pas tout de suite que les petits SIRI vont nous éblouir par leur vivacité d’esprit.

Le Web 3, faut-il l’attendre 50 ans ?

Bon alors, un peu paumé, je suis allé voir le #SocialMediaPsychic pour lui poser la question directement, lors de l’une de ses sessions Hangout. @Jyv il m’a dit que le Web 3 n’était pas là pas qu’on ne l’avait pas assez invoqué, puis il a dit que le Web 3 était sans doute un web prédictif, conversationnel, basé sur l’hybridation et la fugacité. Ensuite, il a dit que le Web 3, c’était le Web épidémique du quantified self et qu’il était sans doute déjà là.

Mais je crois que Jyv, ce guru à la pointe extrême du psychisme méta-social, il improvisait des trucs. Et c’est toujours un peu comme ça le Web : les experts parlent, les journalistes écrivent, les blogueurs commentent, les investisseurs signent et tout le monde se goure. Peut-être que c’est parce qu’on cherche le Tralü, un truc mythique, le monstre du Loch Web ? Après tout… Si y’a pas de réponse, c’est peut-être que la question est con.

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SI TOI AUSSI TU ES NÉ DANS LES ANNÉES 80

février 18, 2013

– Tu sens plus ou moins consciemment que tu es devenu une cible marketing prioritaire à chaque fois que tu vois une pub qui référence Retour Vers le Futur. Ou que tu tombes sur un épisode de Bref, une série qui ressemble à une étude conso sur ta génération financée par un cabinet de tendance qui voudrait faire parler de lui en inventant un néologisme con genre « Les Moïk, la génération mobi-geek ». Comme ça les agences média mettraient « Moïk » dans toutes leurs présentations dans l’espoir de convaincre des directeurs marketing vieillissant qu’ils devraient vraiment insérer leurs pubs dans la version freemium de Paf Le Chien.

D’AILLEURS tu n’as pas vraiment compris comment tu étais passé de membre de la génération X à membre de la génération Y. Rassures-toi, quand on parlera vraiment sérieusement de la génération Z, plus personne n’en n’aura rien à foutre de toi.

POURTANT tu n’as pas l’impression d’avoir jamais obtenu le pouvoir d’achat qui justifie ce ciblage marketing intensif. Tu penses à prendre ton iPad pour créer un Tumblr « génération pauvre » et le remplir de gifs trop lols.

MAIS Tu as vu les esprits les plus brillants de ta génération détruits par le LOL.

CEPENDANT si tu commences à trouver la façon qu’à cet article de dénoncer des choses tout en les pratiquant lui même pour en tirer profit d’une façon particulièrement cynique et un peu dégoûtante,  tu trahis ta véritable appartenance à la ringarde génération X, qui faisait seulement SEMBLANT de ne croire en rien. Rends-toi au 51.

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– Tu ne te rappelles plus quand pour toi « faire du social » n’a plus voulu dire « faire une bonne action » mais « bullshiter le monde à coup de hashtags ».

EN PLUS tu commences à sentir que tu as /vas gâcher ta vie.

CELA DIT, tu as goûté à la résignation, et c’était vachement plus agréable que ce qu’on avait voulu te faire croire.

QUAND MÊME ça te fais chier de savoir qu’il presque certain que, statistiquement, dans ton entourage quelqu’un fort a vôté FN.

LE PIRE c’est que tu peux plus savoir qui est de quel camp, puisque Facebook t’informe que tes amis qui écoutent encore des chansons anticonsuméristes de Radiohead sont capables de partager pour gagner un iPad ou de liker une blague de la Vache Qui Rit.

ALORS il t’arrive de philosopher sur la protection de la vie privée sur Internet, la liberté d’expression sur internet et les droits des pédophiles de draguer des nazis sur internet. Et ça te permet de te persuader que tu as encore une conscience politique.

– LA PREUVE, tu as déjà posté 200 commentaires de 2 000 signes dans un débat stérile sur un blog obscur, alors que tu aurais pu te contenter d’un gif de chat qui pète.

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– Tu as probablement déjà vécu la mort d’un proche et commence à vraiment prendre conscience de l’Absurdité totale et absolue de la vie.

DU COUP, tu te sens tiraillé entre tes tendances au LOL nihiliste et ta fidélité aux idéaux de ta jeunesse.

HEUREUSEMENT tu n’as pas vraiment à choisir entre les deux. Peut-être que de grandes choses peuvent-être accomplies par des gens qui n’y croient pas vraiment. Ou peut-être que plus rien ne peut être accompli. Ça revient au même.

SI TOI AUSSI TU ES NÉ DANS LES ANNÉES 80, tu es assez grand pour savoir que tu vas probablement mener une vie pleine de contradictions et insignifiante avant de mourir sans avoir trouvé la question à 42.

Deal With It Doll