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Comment devenir fou avec Internet ?

mai 25, 2010

« Faire des trucs bizarre avec ma bite » est l’une des premières requêtes qui mène les gens ici depuis Google.
Vous imaginez qui est dans l’ombre de votre surf ? Le truc, c’est que j’ai beau la jouer sale avec du 4chan et des pompes à yaourt, c’est Goldfish qui ramène les adeptes du pénis étrange en commentant les pubs qu’il trouve dans sa boite mail (et ses sites de piercing génital, ce qui clôt une boucle narrative et par là même ce paragraphe).

Burroughs s’est cramé la tête à l’héroïne, Bukowski à l’alcool, K. Dick aux acides, Gary au pistolet. Hemingway est devenu fou en voyant du mensonge dans toute abstraction, Orwell s’est éparpillé dans un réflexion politique labyrinthique par peur panique du communisme, Fante a vécu tyrannisé par le souvenir de son père. Simplement, les gens sont poussés à devenir tarés. Avant, ça se voyait moins, parce que l’espace public n’était pas le patchwork de participations perso qu’est l’Internet. On constatait que les fous étaient suivis par plein de gens et on pouvait se moquer d’eux avant de revenir à la lecture de Lafayette Ron Hubbard.

Mais depuis l’ère du réseau, et d’autant plus avec les espaces de partage éclair que sont devenus les outils sociaux, la réalisation que son prochain est psychotique se fait de façon un peu plus brutale. Cette nana du cours de poésie anglaise que vous venez de follower sur Twitter, en fait elle poste par dizaines des photos de gens qui se rongent les ongles des orteils. Ça fait beaucoup d’intimité en peu de temps. Mais c’est ça aussi la connectitude (c’est un concept à moi, ça définit l’attitude de la connexion permanente dans un monde au mouvement informatif perpétuel, soit le nouveau paradigme d’une société de flux désorganisés face à l’éternelle propension humaine à chercher un sens au chaos, un noble combat perdu d’avance dans cette société où les gens globalement n’aiment pas Evangelion et mettent de la mayonnaise sur leurs frites) de notre temps.

Auparavant, il aurait fallu du temps pour se rendre compte que la nana du cours de poésie anglaise avait un fétiche chelou. Une passion qui camoufle certainement une propension au cannibalisme qui se révèlera aux environs du 18 novembre  2027, après vos deux enfants, Gérard et Corinnette. Vous auriez fait semblant de comprendre, vous auriez accepté, en pigeant enfin pourquoi depuis tant d’années elle observait le coupe ongle avec incrédulité.

Aujourd’hui, la folie est partout sur l’Internet. Dans n’importe quelle Twit-list un peu étoffée, la folie apparaît à intervalle régulier. Parfois dissimulée sous ces acronymes chatoyants aux périmés du cerveau : les LOL, les FAIL, les WIN parfois adjectivés d’un EPIC, preuve de leur indicible valeur. D’autres fois amenée au détour d’une source tierce : « Tiens, je suis tombé sur cet article d’une vieille cougar qui épouse son petit fils, mais aussi elle le throatfuck avec des clous« . Certaines fois, provenant d’une source labellisée pour sa folie : « Checke ça, c’est une vidéo de Georges Lucas qui vomit par le cul, je l’ai trouvée sur 4chan !« .

Mais aussi, la folie peut venir de personnes qui 1/ ne rigolent pas la folie, parce que c’est un sujet grave et qu’elles sont bien contentes d’êtres normales mais 2/ sont clairement niquées du cerveau et propagent la folie à leurs proches et leurs mômes sous couvert d’éducation. Ouais, c’était une métaphore sur la religion. Ouais, c’est pas subtil. Ouais, et ça c’est un article de Christwire sur « comment repérer ceux qui se masturbent ? » et dans celui-ci « y’a des arguments imparables pour vivre sous la croix« . Mais au fond, c’est juste un exemple. Les gens ont même pas besoin de religion pour être fous.

Ce qui est rigolo avec Internet, ce n’est pas tant que la révélation de la folie se fasse si vite dans les relations entre les gens (genre on va gagner du temps, je vais tout de suite te montrer ma collec’ de timbres nazis), mais plutôt qu’elle soit utilisée comme un lien social. Rejoins la communauté des gens qui kiffent porter des couches culottes sous leurs fringues au travail. Rejoins la communauté des crimes racistes ironiques.

Quand les grandes maladies du Moyen Âge ont été combattues, on s’était servi des léproseries pour parquer les fous, qu’on laissait auparavant tranquillement errer dans la rue. Petit à petit, comme autant de fenêtres sur l’âme humaine, la folie a ressurgi sur la place publique, on a cherché à la « soigner », puis à la comprendre. Aujourd’hui, on clique et on rigole de trucs qui nous auraient mené droit au bûcher il y a quelques siècles. La folie est un divertissement. Une bonne folie est une trouvaille à faire tourner, un ticket bonus d’e-réputation. Parce que nous sommes fous. Nous nous reconnaissons et même si on écarquille parfois les yeux, globalement nous nous comprenons. Sans pudeur, nous partageons nos folies et nous les célébrons.

C’est très libérateur d’être fou. Alors c’est vraiment chouette de ne plus avoir à prouver sa folie par sa famille dysfonctionnelle ou ses séances au psy. Suffit d’une connexion pour vivre sa folie en liberté. C’est très libérateur Internet. Suffit de couper la connexion pour retrouver le poids du réel. Mais ce n’est pas très libérateur le poids du réel.

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4 commentaires leave one →
  1. mai 25, 2010 14:02

    Je ne regrette qu’une chose à la lecture de ce post : les liens images ne sont pas en target= »_blank » et ça, ça me rend trèèèèèès triste.

    http://goo.gl/8IC2

  2. 2goldfish permalink*
    mai 25, 2010 15:47

    J’ai (en quelque sorte) réglé ce problème :D

  3. août 20, 2011 16:54

    MER IL ET FOU o_O

  4. mars 2, 2017 06:26

    You made a few fine points there. I did a search on the issue and found mainly people will agree with your blog.

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