Les geeks sont des connards comme les autres
Tout le monde a vu passer le long dossier de Mar_Lard sur le sexisme chez les geeks. Un truc carrément admirable, bien sourcé, bien troussé et globalement une bien saine lecture. Un peu moins de gens ont vu passer le billet de Fish sur toutes les bonnes raisons qui devraient pousser les geeks à être féministes. Très personnellement, en tant que môme unique élevé par une mère seule et englué à des écrans depuis aussi longtemps que je m’en souvienne, je trouve ces deux papiers plutôt très chouettes : malins et gourmands comme un bon plat de Top Chef.
Mais y’a un truc qui me fait chier dans les deux, et qui fait saigner mon coeur critique : ils partent du postulat que les communautés geeks sont composées de gens futés, curieux et intelligents, qui ont mal tournés par le fait d’un traumatisme social. Machisme ambiant + instinct grégaire chez Mar_Lard. Souffrance sociale + désir de vengeance chez Fish.
Mais j’aime pas trop ça. Moi je pense pas qu’ils ont soufferts plus que d’autres. Je pense pas qu’ils sont intelligents. Ou louables. Ou défendables. Ou rigolos. Ou visionnaires. Ou rétrogrades.
Moi, je pense plutôt que c’est des connards. Et par extension, je pense que les loisirs geek sont des loisirs de connards.
- Parce que passer 130 heures à leveler un mage-pyromancien dans Dark Souls, c’est une activité de connard.
- Roxxer Rayman Origins en battant tous les time modes pour récupérer 100% des Electoons, c’est aussi une activité de connard.
- Résoudre toutes les challenges de Arkham City pour faire taper l’Arcade Perfect, c’est encore un truc de connard.
- Ruiner son temps pour acheter toutes les fringues de Travis sur les jeux 8-bits pourraves de No More Heroes 2, on pourrait difficilement trouver plus connard.
- Et niquer 75 heures de sa vie à accomplir tous les défis de Hitman Absolution, c’est définitivement une belle activité de connard.
Je parle pas des comics et des jeux de rôles parce que vos cerveaux fonctionnent et que avez déjà saisi où je veux en venir : l’obsession est la vertu du connard. La personne suffisamment fondue par un jeu, un monde imaginaire ou une équipe de foot pour y consacrer tout son temps disponible n’y raisonne plus. Elle se définit à travers cette passion et lui confère tous types de qualités et de défauts travestis par le prisme de sa vision. Bref, elle le fantasme.
Ensuite, elle vous en parle en soirée pendant 40 minutes, la passion brillante à travers les vapeurs d’alcool, sans se rendre compte que vous vous en battez les reins et que vous êtes juste poli. Si vous intervenez, cette personne vous corrige. Quand on est passionnés, on a déjà vécu ça, et parfois on l’a fait.
"J’aime bien Radiohead !
- Putain, tu devrais trop écouter les trucs de Johnny Greenwood en solo, ce mec est le meilleur du groupe, c’est lui qui fait le son de Radiohead… et t’as déjà entendu les BO de… et de… !"
"J’ai fini Chrono Trigger !
- Putain, tu devrais trop te lancer dans Xenogears, le RPG le plus complexe de l’univers… et l’histoire est incompréhensible, c’est trop ouf… à côté de ça, Evangelion c’est Tom Tom & Nana… et aussi… !"
"J’ai trop kiffé le but de Zlatan !
- Sérieux, tu devrais checker la carrière de Pelé… le plus grand joueur de tous les temps… et cette passe pendant le match de… et ça encore, oh la la…"
Tu vois où je veux en venir : toutes les passions te transforment en connard suffisant qui fait chier son monde sans qu’on lui ait rien demandé. En vrai, si t’avais tant de choses intéressantes à dire, tu ferais de l’art.
Bien peu de choses séparent finalement des groupes de garçons mono-cérébraux qui se regroupent pour fantasmer ensemble leur passion commune : soit-elle se doucher ensemble dans des vestiaires vaporeux ou suer de concert pendant une LAN ou un Hackaton.
Saupoudrons tout cela de notre culture patriarcale dominante, cette machine à intoxiquer la pensée (la même qui fait scander aux plus teubés "un papa, une maman"), ajoutons-y l’impossibilité de se faire casser la gueule sur Internet pour ce qu’on y raconte (thank you, Progress !), une pincée d’instinct grégaire numérique et on obtient rapidement une jolie fosse à machisme… Culture du viol, encore et toujours. Et mince, qu’est ce qu’elle sévit bien dans le monde Geek, un vrai petit club de saucisses.
Alors que faire ?
Dans les premiers chapitres du Monde selon Garp, la maman du futur Garp cisaille au scalpel la cuisse d’un soldat qui la tripote sans lui demander son avis dans un cinéma mal éclairé.
Pas mal, nan ? Efficace.
Parce que lorsque Miranda Pakodzi se faisait emmerder par Backthanians pendant le tournoi Tekken, la bonne solution n’était pas de serrer les dents et d’encaisser, ou de se planquer, ou d’espérer le soutien des crétins autour, la bonne solution aurait été de coller à cet alpha-connard un aller-retour dans la gueule et un genou dans l’entreboules, en livestream et en souriant.
Parce que jamais, dans l’histoire des groupes sociaux oppressés, rien n’a évolué sans un soupçon de violence salvateur. Parce que les dominants se serviront continuellement de la violence, physique ou psychologique, pour asseoir leur acquis. On est plus à la maternelle, on sait bien que les maximes comme "la violence ne résout jamais rien" ou "il faut respecter les autres pour être respecté" sont de douces fables bisounours pour que tout le monde garde bien sa place dans l’échiquier.
Mesdemoiselles mesdames, vous vous êtes suffisament faites niquées, reléguées au troisième rang de l’Histoire ou aux proverbes complaisants genre "Derrière chaque grand homme…" (derrière, évidemment, parce qu’à côté y’avait qui ? Un autre mec, sans doute). Un siècle de lutte et vos droits sont toujours bafoués, vos salaires réduits, vos ambitions moquées et vos sécurités incertaines. Pas assez de scalpels plantés dans suffisament de cuisses…
Et parce que les geeks sont des connards ignorants comme les autres, les geekettes devront leur couper les couilles et les porter en pendentif pour leur arracher l’équité. Parce qu’elles ne seront jamais considérées comme des pairs par la conjuration des bâtards, elles n’auront pas d’autres choix que de se battre et de leur cracher à la gueule. Riot grrrl du numérique, elles devront jouer du frag et du kick-ban pour récupérer ce qui leur revient de droit : le respect de leurs pairs & l’admiration béate de leurs inférieurs.
Fish l’a déjà dit : tous les geeks devraient être féministes. C’est une grosse putain d’évidence, et je pense que tous les geekos malins sont déjà défenseurs de la cause. Quant aux autres, tas informe de petites frappes flippées et frustrées, cachez bien vos quéquettes anonymes. Parce que Mar_Lard a raison, le mouvement va s’organiser et le couperet tombera partout où vous faites éclat de votre petite mysoginie de connivance. Croyez-le : on vous amputera jusqu’à l’égalité. Et chacune de cet petites verges p(l)eureuses sera un achievement dans une croisade qui n’a que trop tardé.
Tout le monde le sait : Lara a toujours été 1000 fois plus cool que Duke.
Lahaye 2.0
Bienvenue à @Alphoenix qui est notre premier auteur invité sur Boum Box. Toi aussi tu veux partager tes bons plans avec la joyeuse communauté avec un U ? Lâche ton com, biatch.
C’est en croisant la doux visage d’Elle Fanning vantant les mérites d’un nouveau parfum que je me dit que j’ai l’idée du siècle. Celle qui me permettra de lancer une start-up, de me faire racheter par Yahoo pour quelques millions d’euros pour que les filles se jettent sur moi.
Il existe Shazam pour reconnaître n’importe quel morceau de musique. Il a brièvement existé “Juif ou pas juif” pour rapidement savoir le niveau de judéité de ses stars préférées. Mais face au doux visage de la jeune fille, ce n’est pas une quelconque mélodie qui m’intéresse. Une seule question me taraude. Peut-on légalement fantasmer cette beauté sylphide, rappelant NKM auprès de son arbre et de sa harpe ? Ne risque-t-on pas de se retrouver comme devant les photos de Béatrice Martin, de Coeur de Pirate, sur SuicideGirls, à craindre à tout moment que la cyberpolice frappe à la porte pendant qu’on contemple dans le détail les tatouages, et le sein se trouvant entre les deux ? A quand l’application “Legal or not” ?

En deux trois requêtes Google, je découvre que la jeune fille est née en 1998. A peine 15 ans donc, il faudra être patient. Et deux trois requêtes plus tard, je me retrouve sur Age of consent. Un site qui semble plutôt bien documenté pour connaître l’âge légal des relations entres personnes de sexe différents, ainsi que de même sexe. Les dernières mises à jour datent de 2001. Sûrement que depuis, la page Wikipédia équivalente, site lancé à la même époque, donne toutes les réponses nécessaires.
“How old is old enough ?” Le site a le doux parfum du “daté”. En 2001, la sodomie est toujours punie au Texas et dans de nombreux autres états. Les relations sont autorisées plus tard pour les homosexuels que pour les héteros dans différents pays d’Europe.
Mais, au fil de la navigation dans ce qui semble être un site serviciel plutôt bien fichu, quelques indices font douter quand à son utilisation. Par exemple, l’apparition dans l’en-tête d’une vieille bannière de pub pour les petites pilules bleues. Et puis surtout, les commentaires des lecteurs, toujours prompts à donner quelques précisions sur telle ou telle jurisprudence. Une incise par exemple sur le tourisme sexuel explique que même si on fréquente une personne de 14 ans au Japon, où c’est légal, on peut être poursuivi dans son pays d’origine si la loi y est différente.
“I want to be clear on this, if you are in a country where the age of consent is 14, then you can have consensual sex with that person, you just can’t pay to have sex with a 14 year old while you’re there.”
La lecture devient un peu plus dérangeante. Un peu plus loin, un homme raconte son expérience. “Her ad stated 16. She was 15. She was 16 at the time of the flight. Age of Consent in Kansas is 16. All Charges dismissed by 10th Circuit.” L’homme est sauf, la morale un peu moins, mon errance sur Internet prend néanmoins un goût légèrement amer. Le site est constamment sur le fil, entre information à destination des adolescents pour éviter la prison par surprise et guide du tourisme sexuel pour trouver les bons plans où toucher des jeunes, voire plus jeunes encore, sans se faire prendre.
On s’égare. L’application “Is she legal yet ?” ne semble pas exister. En attendant, pour les Jean-Luc Lahaye de passage, on peut compter sur l’ingénierie de M. Wolfram et savoir qu’il faudra attendre avril 2016 pour ne plus rien craindre.
Keep calm and read the internet
Donc en gros, il y a quelques jours de ça, les twittos royaume-uniens se sont élevés contre l’oppresseur. Tels leurs congénères d’Iran ou de Syrie, ils ont utilisé le réseau social officiel des révolutions pour crier leur colère. A l’origine de la fronde, une série de t-shirts vendus sur Amazon.co.uk :
Je ne vais pas vous faire un discours sur la liberté d’expression sur les t-shirts. La liberté d’expression, je suis plutôt pour, mais un jour dans une boutique à Harajuku j’ai trouvé un t-shirt avec une grosse croix gammée et ça m’a fait un peu bizarre dans mon coeur. Arrêtez avec vos questions personnelles.
Non, ce dont je voudrais vous parler, c’est de compréhension des algorithmes et de compréhension des internets. Comme l’explique Pete Ashton sur son blog où j’ai piqué cette anecdote et les 2-3 prochaines explications, dans cette histoire il y a plusieurs niveaux d’incompréhension de la part de la foule en colère. D’abord il y a une erreur d’attribution : ces t-shirts ne sont pas vendus par Amazon, mais par une entreprise appelée "Solid Gold Bomb". Amazon, via son service "Market Place", joue un peu le même rôle que Le Bon Coin quand vous y vendez la collection de santons de votre grand mère presque morte. Ce ne sont que des intermédiaires et on ne saurait les tenir responsables de la présence d’un santon représentant le Maréchal Pétain sur leur site. Ou si vous pensez le contraire vous pensez aussi que Twitter devrait censurer les tweets racistes et que les FAI devraient contrôler les contenus pédonazis qui passent dans leurs intertubes et vous l’aurez bien mérité le jour ou vous vivrez dans un cauchemar orwellien.
Mais le vrai malentendu, c’est que ces t-shirts n’existent pas. Non seulement ils sont imprimés à la demande, ce qui fait déjà qu’ils n’existent que potentiellement, mais surtout les mots "Keep Calm & Rape A Lot" n’ont jamais été pensés et écrits par qui que ce soit. Les petits malins derrière Solid Gold Bomb ont pris un mème, celui du détournement du poster "Keep calm & carry on", et ont créé un algorithme qui leur a permis de mettre en vente plus de 500 000 t-shirts différents proposant des variations sur ce mème. L’immense majorité des t-shirts générés automatiquement par l’algorithme n’ont aucun intérêt, voire aucun sens, mais peu importe puisque le coup de l’opération est nul. Sur la masse il est toujours possible de tomber par hasard sur un t-shirt qui va se vendre, même à un exemplaire.
Qui blâmer dans cette affaire : Amazon qui permet un peu à n’importe qui de vendre n’importe quoi (mais qui a assez vite retiré les t-shirts une fois alerté) ? Les mecs de Solid Gold Bomb qui n’ont pas pensé à inclure "rape" dans leur liste de mots interdits ? Moi je dirais qu’il faut plutôt blâmer les personnes qui ont crié au scandale sans prendre le temps de comprendre après qui ou quoi. Ceux qui ont perdu et fait perdre beaucoup de temps et d’énergie qui auraient pu être consacrés à la recherche sur le cancer ou au débouchage de mon évier.
Le vrai problème, c’est que les gens ne comprennent pas comment internet marche, et ne savent pas ce qu’est un algorithme. Pourtant une grande partie des twittos qui se sont rebellés contre ces t-shirts fantômes faisaient sans doute partie de la génération Y, aka les "digital natives", qui sont censés être nés avec une connaissance innée des intertubes, des médias sociaux, et fournir des exemples édifiants aux futurologues bullshitters pour leurs conférences TED. Du genre "pour ma fille, un magazine c’est une iPad en panne" ou "Ma fille s’est levée et à regardé derrière la télé pour chercher la souris". Et si ces exemples n’illustraient pas la capacités innées des jeunes ã comprendre les nouvelles technologies dans qu’on leur explique ? En fait, peut-être que les enfants des gourous du digital sont simplement stupides.
Parmi ceux qui ne croient pas que les enfants peuvent tout apprendre par osmose, il y a aujourd’hui ceux qui voudraient que tout le monde apprenne à coder à l’école. Le monde autour de nous est de plus en plus "programmé" et ce serait une bonne chose qu’on comprenne tous un peu mieux comment le monde fonctionne Et ce n’est pas en rediffusant Matrix et Minority Report sur TF1 qu’on va améliorer la situation.
Ce serait sans doute pas mal d’enseigner plus largement des rudiments de programmation mais certainement pas suffisant. A la lointaine époque de mon adolescence, j’étais censé faire partie d’une génération biberonnée à la télé, capable de comprendre tous ses codes et de voir à travers tous ses pièges. Je croyais à ces conneries, moi, quand je les entendais répétées à la télé. Et puis un jour au lycée j’ai du expliquer à un de mes camarades que non, les chaînes ne payaient pas les marques pour avoir le droit de diffuser leurs pubs. A la fac j’ai du expliquer à un groupe de travail que non, les infos sur TF1 et les infos sur Arte n’étaient pas les mêmes. J’ai du me rendre à l’évidence : ma génération était teubée.
C’est la même chose pour les "digital natives" : ils savent peut-être ce qu’est un hashtag comme mes potes savaient programmer leur magnétoscope avec le showview pour leurs parents, mais ça n’empêche pas qu’il tombent dans le panneau quand on essaye de leur faire croire que Facebook va devenir payant (le corollaire, c’est qu’ils croient donc que Facebook est gratuit) ou que quelqu’un chez Google lit vos mails.
On peut apprendre quelques techniques de survie de base par osmose, mais probablement pas à avoir une vision critique des structures de son environnement. Et apprendre aux jeunes à coder ce serait sûrement bien pour tout un tas de raisons, mais ça ne résoudrait pas plus les problèmes de compréhension des médias qu’apprendre à se servir d’un caméscope n’a évité à ma génération de laisser la télé choisir ses présidents pour elle.
Bien entendu, comme à l’époque des vieux médias, ça n’est dans l’intérêt de personne, que les jeunes comprennent vraiment comment marche le monde. Ils seraient foutus de se mettre à réfléchir ensuite, et qui sait où cette pente glissante pourrait nous mener ? Mieux vaut qu’on continue tous à se battre contre des t-shirts qui n’existent pas.
Web 3, où es-tu ?
Vous vous rappelez l’époque où on a tous fait le saut vers le "Web 2.0" ? C’était en 2005. Ouais déjà. Tout juste 5 ans après que la moyenne d’entre nous ait eu son premier accès au net, genre 1999 ou 2000 chez AOL.
"Participatif" était le buzzword du Web 2. Ça venait des blogs, ça a été confirmé par les réseaux sociaux et aujourd’hui c’est déclinable à l’infini : la politique, l’amour ou une recette de pâtes au fromage c’est devenu participatif. Et dites donc, on a passé 8 ans à bouffer du participatif, à donner un espace d’expression à tout le monde sans que ça génère plus d’écoute, et maintenant qu’on finit par user même le participatif, la question se pose… Mais c’est quoi après ? Il est où le Web 3 ?
Le Web de la nouvelle économie ?
Quand je bossais à Fluctuat et qu’on regardait Wikipédia grandir sous les hourras de la foule participative, on se disait, tout néo-journaliste-web qu’on était, qu’un jour le principe de Wikipédia serait appliqué par des grosses boîtes, qui arrêteraient de payer des journalistes pour produire du contenu qui servent à vendre les pubs. On pensait que ce serait ça le Web 3 : le web des putes, des géants de la presse qui feraient des montagnes de thunes sans payer un seul journaliste.
Finalement non. Zuckerberg est arrivé et a créé un supermarché géant où les contenus c’était nos vies et le marketing c’était nos égos. Il est devenu riche, il a niqué les géants de la presse, il a imposé le full-participatif, mais il a pas créé le Web 3.
Le Web cybernétique, t’as vu ?
Puis ensuite, ces dernières années, j’me disais que vu le fantasme cybernétique qu’on vit avec les smartphones et les tablettes (ces prothèses numériques de nos pauvres corps sans wifi), y’a qu’à attendre que l’épidémie numérique touche tous les objets qui nous entourent, du frigo à la cuvette des chiottes, pour que le Web 3 apparaisse… Les objets connectés, partout… Après le Web "participatif", le Web "sensible". Le Web qui n’a même plus besoin de toi pour commander du lait, tirer les rideaux ou éteindre le four. Le Web tellement connecté au monde et à tes goûts qu’il contrôle une partie de ton environnement afin de te le rendre meilleur.
Après, il fait la révolution et ta cafetière t’explose dans la gueule le matin, puis tu deviens l’esclave de la brosse à dent. Ça ç’aurait été le Web 4, le Web "bien fait pour ta gueule, t’avais pourtant vu Terminator".
Mais en fait non. J’ai vu le Web des objets connectés, et les objets ils sont pas très intelligents. J’ai même écouté un mec qui parlait du réseau social des objets connectés et j’ai réalisé avec horreur à quel point c’était pas punk-funk du tout. C’était un pétard mouillé de geekos tristounet. Le Web 3, c’est pas quand la fenêtre te parle, ça c’est la depression.
Le Web sémantique, alors ?
Chez les chercheurs, la promesse du Web 3, c’était la sémantique. On arrêterait de ne voir que le titre des articles, des sites et des fichiers et on déplacerait le focus sur ce qu’ils ont à dire. Finie la supercherie de façade, la promesse d’un Web sémantique, c’était de creuser sous la surface et de dévoiler au monde esbaubi la beauté intérieure de la Web. On pourrait rechercher, en trois clics, tous les reportages vidéos évoquant plus de 18 minutes les avantages fiscaux au Yémen du Nord, ou retrouver sans aucun indice tous les discours de Barack Obama où il prononce le mot "funky".
Une fois encore, que nenni !! Le sémantique, mot clé qui faisait gigoter les investisseurs dans leurs culottes il y a quelques années n’est déjà plus qu’une arlésienne ringarde. Même l’ami Google s’y est cassé les dents et n’en aura sorti qu’un service tout pourrave de sous-titres à la volée pour YouTube. On dirait bien que des océans passeront sous les ponts (qui auront le temps de s’écrouler) avant que les machines puissent piger, manipuler et curer (haha, ce verbe) le sens des mots. C’est pas tout de suite que les petits SIRI vont nous éblouir par leur vivacité d’esprit.
Le Web 3, faut-il l’attendre 50 ans ?
Bon alors, un peu paumé, je suis allé voir le #SocialMediaPsychic pour lui poser la question directement, lors de l’une de ses sessions Hangout. @Jyv il m’a dit que le Web 3 n’était pas là pas qu’on ne l’avait pas assez invoqué, puis il a dit que le Web 3 était sans doute un web prédictif, conversationnel, basé sur l’hybridation et la fugacité. Ensuite, il a dit que le Web 3, c’était le Web épidémique du quantified self et qu’il était sans doute déjà là.
Mais je crois que Jyv, ce guru à la pointe extrême du psychisme méta-social, il improvisait des trucs. Et c’est toujours un peu comme ça le Web : les experts parlent, les journalistes écrivent, les blogueurs commentent, les investisseurs signent et tout le monde se goure. Peut-être que c’est parce qu’on cherche le Tralü, un truc mythique, le monstre du Loch Web ? Après tout… Si y’a pas de réponse, c’est peut-être que la question est con.
SI TOI AUSSI TU ES NÉ DANS LES ANNÉES 80
- Tu sens plus ou moins consciemment que tu es devenu une cible marketing prioritaire à chaque fois que tu vois une pub qui référence Retour Vers le Futur. Ou que tu tombes sur un épisode de Bref, une série qui ressemble à une étude conso sur ta génération financée par un cabinet de tendance qui voudrait faire parler de lui en inventant un néologisme con genre « Les Moïk, la génération mobi-geek ». Comme ça les agences média mettraient "Moïk" dans toutes leurs présentations dans l’espoir de convaincre des directeurs marketing vieillissant qu’ils devraient vraiment insérer leurs pubs dans la version freemium de Paf Le Chien.
- D’AILLEURS tu n’as pas vraiment compris comment tu étais passé de membre de la génération X à membre de la génération Y. Rassures-toi, quand on parlera vraiment sérieusement de la génération Z, plus personne n’en n’aura rien à foutre de toi.
- POURTANT tu n’as pas l’impression d’avoir jamais obtenu le pouvoir d’achat qui justifie ce ciblage marketing intensif. Tu penses à prendre ton iPad pour créer un Tumblr "génération pauvre" et le remplir de gifs trop lols.
- MAIS Tu as vu les esprits les plus brillants de ta génération détruits par le LOL.
- CEPENDANT si tu commences à trouver la façon qu’à cet article de dénoncer des choses tout en les pratiquant lui même pour en tirer profit d’une façon particulièrement cynique et un peu dégoûtante, tu trahis ta véritable appartenance à la ringarde génération X, qui faisait seulement SEMBLANT de ne croire en rien. Rends-toi au 51.
- Tu ne te rappelles plus quand pour toi "faire du social" n’a plus voulu dire "faire une bonne action" mais "bullshiter le monde à coup de hashtags".
- EN PLUS tu commences à sentir que tu as /vas gâcher ta vie.
- CELA DIT, tu as goûté à la résignation, et c’était vachement plus agréable que ce qu’on avait voulu te faire croire.
- QUAND MÊME ça te fais chier de savoir qu’il presque certain que, statistiquement, dans ton entourage quelqu’un fort a vôté FN.
- LE PIRE c’est que tu peux plus savoir qui est de quel camp, puisque Facebook t’informe que tes amis qui écoutent encore des chansons anticonsuméristes de Radiohead sont capables de partager pour gagner un iPad ou de liker une blague de la Vache Qui Rit.
- ALORS il t’arrive de philosopher sur la protection de la vie privée sur Internet, la liberté d’expression sur internet et les droits des pédophiles de draguer des nazis sur internet. Et ça te permet de te persuader que tu as encore une conscience politique.
- LA PREUVE, tu as déjà posté 200 commentaires de 2 000 signes dans un débat stérile sur un blog obscur, alors que tu aurais pu te contenter d’un gif de chat qui pète.
- Tu as probablement déjà vécu la mort d’un proche et commence à vraiment prendre conscience de l’Absurdité totale et absolue de la vie.
- DU COUP, tu te sens tiraillé entre tes tendances au LOL nihiliste et ta fidélité aux idéaux de ta jeunesse.
- HEUREUSEMENT tu n’as pas vraiment à choisir entre les deux. Peut-être que de grandes choses peuvent-être accomplies par des gens qui n’y croient pas vraiment. Ou peut-être que plus rien ne peut être accompli. Ça revient au même.
SI TOI AUSSI TU ES NÉ DANS LES ANNÉES 80, tu es assez grand pour savoir que tu vas probablement mener une vie pleine de contradictions et insignifiante avant de mourir sans avoir trouvé la question à 42.
Boum Box au Vinvinteur
Programmez vos magnétoscopes ! Boum Box brisera allégrement les rules 1 & 2 de /b/ dans ta télé dimanche soir sur France 5 vers 20H.
On a causé très longtemps avec @manhack de question très profondes et pointues, et on attend maintenant avec impatience que le média des vieux trahisse et déforme nos propos et que les /b/tards nous doxxent et fassent livrer des pizzas au cheval chez nos mamans.
EDIT : et voilà !
Ce qui est passé à la télé : Le Vinvinteur n°16 – Hippie caca : de la contre… by levinvinteur
Et la version longue juste pour les gens de l’internet
























