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Occupy Hollywood

décembre 1, 2011

Qui sont les gentils et qui sont les méchants ? C’est le boulot d’Hollywood que de nous le dire. A travers les années les méchants ont été : les allemands, les russes, les arabes, les français, les extra-terrestres, les geeks, le gouvernement américain, l’armée américaine… Et es gentils ont été l’armée américaine, le gouvernement américain, les ET, les enfants… La dernière fois que j’ai regardé, le nouveau héros qui cartonnait était le chef d’entreprise visionnaire, modelé sur Steve Jobs : Iron Man joué par Robert Downey Jr.

Et puis le marché de l’immobilier américain s’est effondré et Hollywood a laissé tomber tous ses projets de films sur des super capitalistes. Des commerciaux en charge du “développement” dans les grands studios hollywoodiens ont présenté des projets de films dans des powerpoints plein de cliparts comme ça…

… Et deux ans après, on se retrouve avec des films hollywoodiens comme “Le Casse de Central Park” (tagline française : la comédie anti-crise”) et “Time Out” où les méchants sont les riches capitalistes américains. Les 1%. Et les films racontent l’histoire de pauvres travailleurs qui tentent de prendre leur revanche sur le système.

Le fait que les poducteurs d’Hollywood font parti des 1% ne les empêche pas de produire ces films qui font d’eux les méchants de l’histoire : s’il y avait de l’argent à se faire avec des films où leurs mamans étaient les méchantes, ils donnerait le feu vert sans hésiter un instant.

Parlons un peu d’autre chose maintenant.

Si on compare Occupy Wall Street et le mouvement des indignés aux manifestations alter-mondialistes guerrière des années 1990-2000, la transformation est saisissante. Ils n’ont pas de revendication collective claire, pas d’affiliation politique, et leur rhétorique ne se veut pas clivante : s’ils représentent les “99%”, ça doit forcément inclure les petits bourgeois, les religieux, les républicains et tous ces gens qu’ils détestent. Leur plus grand succès aura été ce mème de 99% qui dit “nous sommes tous dans le même bateau”.

A chacun ensuite d’interpréter cette idée comme il veut. C’est un peu la logique du mème internet appliqué à la contestation (d’ailleurs leur plus gros coup de com’ est justement un Tumblr). Le mouvement est du coup très populaire aux états-unis, plus qu’aucun mouvement de contestation gauchiste ne l’a jamais été, et on se retrouve avec des choses comme ça, le dernier clip officiel de Miley Cyrus, ex-starlette Disney, qui met des images des affrontements avec la police sur sa chanson “Liberty Walk” :

Pour en revenir à Hollywood, il est évident qu’un film hollywoodien avec Justin Timberlake et Olivia Wilde qui jouent des pauvres ne peut pas vraiment être crédible. Time Out, comme le Casse de Central Park et tous les futurs films  hollywoodiens inspirés par la crise sont bien sûr incapables d’une véritable critique du capitalisme. Tout comme il est très difficile de faire un film anti-guerre en filmant la guerre, parce que c’est beaucoup trop pleins de moments sexy, héroïque et spectaculaire, il est difficile, surtout pour un réalisateur oeuvrant pour les studios hollywoodiens, de ne pas fétichiser le luxe et la richesse. L’inégalité, c’est glamour.

Il en va de même pour la vidéo de Miley Cyrus : il ne s’agit pas d’un revirement à 180° de son discours. Ces films Disney dans lesquels elle s’est fait connaitre disent tous la même chose : les jeunes sont cools et veulent s’amuser et les parents sont des has been qui les empêchent de s’exprimer, alors les jeunes se rebellent, font des bêtises, mais à la fin chacun fait un pas vers l’autre, les parents comprennent les enfants et les laissent voler de leurs propres ailes… C’est l’histoire capitaliste du jeune qui prend la place du vieux, d’Apple qui double Microsoft qui avait doublé IBM. Le mouvement d’Occupy Wall Street ferait simplement partie du cycle capitaliste, au bout du compte, un processus de réajustement qui mettra les manifestatants d’aujourd’hui à la place des 1% demain.

C’est l’histoire de la vie, le cycle éternel, c’est la nature, les mecs, vous ne pouvez pas y échapper.

La génération d’activistes hipsters d’Occupy Wall Street n’est pas naïve. Ils savaient dès le début que la récupération était inévitable, alors ils l’ont encouragé, en tentant de devenir un mème, plutôt que de vainement la combattre. L’idée de “99%” a fait son chemin dans la conscience collective et face aux virus mentaux lancés par le tea party en face, c’est peut-être la meilleure arme.

Appelez ça un manque d’imagination ou de la résignation, mais Occupy Wall Street n’est sans doute pas tellement plus anti-capitaliste que Miley Cyrus et qu’un film avec Ben Stiller. Deal With It.
haters gonna hate

L’Oiseau Bleu et l’Internet Poli

novembre 10, 2011

Comme nous le rappellent souvent les ministres et les présentateurs télé, le problème d’internet c’est qu’il dérape ou qu’il dérive tout le temps (sans doute selon qu’on pratique l’internet terrestre ou aquatique). Longtemps, on n’a pas trop su quoi faire contre ça. On construisait des sites avec des forums, des boites de commentaires, des wikis puis des outils de plus en plus sophistiqués de “partage” et de “participation” web 2.0, et on laissait les gens s’en servir jusqu’à ce qu’ils dérivent/dérapent. Alors on les modérait. Certains diraient censurait.

Malheureusement, on ne peut pas faire du vrai, bon argent comme ça. La modération, ça ne coûte pas très cher mais c’est violent, ça nuit à l’user experience. Pourtant ne pas modérer, c’est pire : 4chan n’a jamais rendu Christopher Poole riche. Malgré l’énorme trafic sur le forum, aucun annonceur respectable ne voudrait y associer son nom.

La question qui se pose, c’est donc celle là : comment faire du web participatif quand on n’aime pas les participations ? C’était aussi un problème pour Myspace et Skyblog, qui étaient trop plein de gifs blingee et autres images trop moches pour être vraiment respectable. Facebook doit une grande partie de son succès au fait qu’il n’a jamais proposé (jusqu’à Timeline) de véritablement personnaliser l’esthétique minimaliste du site. Les gens pouvaient écrire n’importe quoi, visuellement, Facebook restait le même (la politique du “vrai nom” a bien sûr aussi joué son rôle).

Cette époque était donc celle des sites minimalistes, avec pour seule fantaisie des logos colorés qui se reflétaient sur la grande surface blanche du site :

C’était une esthétique suffisamment distinctive et répandue pour que quelqu’un lance le parodique Logo Creator. Cette approche s’est cependant montrée problématique en quelques années. Facebook a réussi à créer la plus grande “communauté” du monde, mais c’est aussi la moins créative. Comment faire quand on construit une plateforme basée sur le visuel et la créativité comme Tumblr, Pinterest ou Etsy ?  Il faut trouver un moyen d’attirer les gens créatifs, mais de les inciter à rester tout de même dans les clous.

C’est Twitter qui le premier (ou un des premiers, difficile d’en être certain) a trouvé la solution  : l’oiseau bleu. Comment écrire des choses sales quand vous êtes sur un site bleu ciel et orange et que cet oiseau vous regarde de ses petits yeux mignons ? Je ne dis pas que ça a jamais vraiment arrêté personne, mais l’oiseau bleu permet de créer un “ton” qui sera celui par défaut de la communauté. Twitter a inventé l’oiseau bleu, mais n’a pas poussé le concept trop loin, parce que finalement la plateforme fonctionne très bien en restant très libre. Mais l’oiseau bleu était sorti de sa cage.

L’oiseau bleu se retrouve sur Etsy, où on le brode sur des coussins ou on le sculpte pour en faire des boucles d’oreille, mais s’il n’est généralement pas explicite chez d’autres sites, son principe se retrouve partout. Sur Tumblr, l’effet “oiseau bleu” est obtenu par a un fond bleu à la fois neutre et chaleureux, et des thèmes par défaut qui semble faits pour accueillir des photos passées à travers le filtre Polaroïd d’Instagram.

Sur Pinterest, le site de découverte visuelle qui monte, lors du processus d’inscription un message vous demande de faire attention à ce que vous publiez parce que vous allez donner le ton pour l’avenir du site. Mais avec un logo tout en rondeurs et couleurs pastels, vous saviez déjà que vous n’étiez pas venu là pour créer une collection de gifs de booty-shaking.


Quand il a lancé Canv.as
avec le but d’attirer les annonceurs qui ne voulaient pas de son 4chan, Christopher Poole a fait un choix esthétique similaire. Il a beau avoir rameuté une grosse partie de la communauté de dépravés hardcore de /b, qui “dérapent” encore à l’occasion, son esthétique même a invité des créations plutôt mignonnes. Sur canv.as on a des cadres à bord rond, des rayures, des carreaux et des pois façon scrapbooking. Surtout, le principal moyen d’expression proposé est de distribuer des coeurs, des smileys et des cookies. C’est l’équivalent de la bibliothèque d’émoticones d’un forum il y a dix ans, sauf que cette bibliothèque proposait en général des smileys qui vomissaient, qui fumaient des pétards ou qui s’attaquaient avec des tronçonneuses sanglantes.

Aucun autre site que Twitter n’utilise d’oiseau bleu dans son logo, évidement, mais sortit du web design, on trouve donc des oiseaux bleus sur les produits faits main vendus sur Etsy, mais aussi dans les films avec Zooey Deschannel, les clips de Zooey Deschannel et les faire-parts de mariage.

Mais quel est le point commun entre tout ces trucs ? Ce sont des créations “occidentales”). De l’occident jeune. Et aisé. Et donc blanc. Comme l’immense majorité des start ups de la Silicon Valley. L’esthétique de l’internet de demain, l’esthétique du monde, c’est celle des riches blancs occidentaux. Grâce à eu, la créativité sur internet reste bien cadrée, bien normée, bien polie. Plus les choses changent, plus elles restent les mêmes.

Comment sauver l’économie mondiale

novembre 3, 2011

Le gros problème de l’économie mondiale, dit-on parfois, c’est le manque d’imagination. Les alter-mondialistes américains qui occupent Wall Street, les grecs qui vont voter contre le “plan de sauvetage” de leur économie et le reste des indignés du monde entier savent ce dont ils ne veulent pas, mais ils sont infoutus d’imaginer une véritable alternative au capitalisme tel qu’on le connaît aujourd’hui. Ils ont parfois des idées, et elles ne sont pas forcément nulles, comme de taxer la spéculation, de séparer les banques d’affaire et les banques de détail… et en général, ce qu’ils veulent c’est injecter un peu de “morale” et “d’éthique” dans le “système”. Bref, poser des gardes fous ou des pansements, pas faire la révolution.

Ca fait longtemps que ce manque d’imagination se fait sentir. Au moins depuis l’effondrement de l’URSS. J’ai moi même désespéré de voir un jour un génie débarquer avec une idée originale pour sauver le monde. Le problème, c’est qu’on ne peut pas vraiment compter sur les économistes pour avoir des idées originales. En fait, personne n’en a vraiment eu depuis Keynes, au point que la théorie économique prévalente aujourd’hui, la “nouvelle synthèse néo-classique”, dit deux fois qu’elle est nouvelle dans son nom pour masquer le fait qu’elle ne l’est pas du tout.

J’ai bien du prendre les choses en main, finalement, et trouver une nouvelle solution moi même.

Ils ont beau avoir décoré la théorie économique de constructions mathématiques complexes, de théorie des jeux et d’équations que je ne comprends pas, ses fondements restent les mêmes : chaque individu cherche à maximiser son intérêt personnel de façon rationnelle, et c’est à travers cet individualisme forcené qu’on parviendra au meilleur équilibre économique possible. C’est à dire la situation actuelle.

Dans le documentaire Pandora’s Box d’Adam Curtis, on découvre une machine, le “MONIAC Computer“, qui simule le fonctionnement de l’économie à l’aide d’un mécanisme hydraulique. L’idée, c’est que si vous avez un peu trop d’inflation, vous fermez le robinet “dépenses publiques” et tout s’arrangera :

Cette façon de penser keynesienne reste fermement implantée dans les esprits aujourd’hui encore, quand bien même on vous répète que l’ultra libéralisme l’a emporté partout, on n’en connaît vraiment qu’une version bâtarde, en particulier dès qu’une “crise” arrive comme en 2008 et que tout le monde se tourne vers le gouvernement pour “réguler” la situation, comme si le gouvernement était Warren G.

Le fait est que les pendants les plus libérés de notre économie, a savoir les marchés financiers, sont contrôlés par des ordinateurs. Oubliez le mythe du trader qui marche à l’instinct et qui flambe, les Jérôme Kerviel ou les Nick Leeson d’aujourd’hui finissent souvent en prison, et il y a une bonne raison pour ça : les décisions sont prises par des ordinateurs selon des algorithmes de plus en plus complexes, et ils font du trading à la vitesse de la lumière.

Les économistes croient que leur science, grâce à l’informatique, permettra de tout réguler, tout stabiliser, et ce depuis les années 1990 au moins. Les crises successives ne sont pour eux que des erreurs à corriger, causées par la faillibilité humaine, et il suffit d’améliorer encore et toujours les algorithmes pour qu’un jour on parvienne au meilleur des résultats possibles. Les passions, les cupidités et les soifs de pouvoir individuelles ne seraient que des données qu’il suffit de suffisamment bien quantifier, elles aussi.

Cette idée est tout sauf nouvelle, et elle a en fait été appliquée à grande échelle dans une expérience économique qui mériterait d’être reconsidérée aujourd’hui : l’URSS. L’URSS, ce n’était pas que des idéaux de partages, des chiens cosmonautes et des procès rigolos. Derrière tout le folklore, c’était surtout une grande expérience de planification : une économie entièrement contrôlée et régulée par la science. On peut rire aujourd’hui des histoires de pénurie de chaussures gauche ou des brosses à dent plus nombreuses que les tubes de dentifrice, c’est sûr, ça n’était pas un grand succès. Mais dans les années 1960, les russes n’avaient pour planifier que des ordinateurs à bande magnétique grands comme mon appartement et moins puissants que mon téléphone. Si je pouvais remonter le temps et leur passer un téléphone et un kit de développement Android, qui sait s’ils ne parviendraient pas à créer une application “Soviet Planification” beaucoup plus efficace ?

Mon idée originale, c’est donc ça : réessayer la planification, avec les moyens techniques d’aujourd’hui (vous pouvez appeler ça “néo-planification”, c’est toujours un “nouveau” de moins que les autres). Ce n’est, après tout, que pousser un peu plus loin le champ d’application des algorithmes des banques d’investissement. On pourrait prendre en compte les envies et les goûts des consommateurs bien mieux qu’à l’époque soviétique, et proposer au moins autant de choix qu’un catalogue Ikea, et on pourrait mettre un peu de cette “morale” et cette “éthique” à la mode, si vous y tenez. Ca serait compliqué à mettre en place, ça risque fort de déconner dans tous les sens et d’être inégalitaire et inefficace, bref, ça ne changerait pas grand chose, mais au moins, on ne pourra plus dire qu’on n’a pas essayé.

Comment hacker Klout ?

octobre 24, 2011

Ô Klout, ô joli Klout,
Tu as croisé ma route,
Et pis mes tweets et mon Facebook,
Et tous les autres endroits, tous ceux où tu m’écoutes.

Ça fait bientôt 7 ans que j’ai quitté l’école et j’en suis bien content. Vous aimiez être noté à tout bout de champ, vous ? Un de mes derniers posts en tant que chef de rubrique sur Fluctuat, c’était de râler sur les notes de Pitchfork. Mais Klout est parmi nous. Et Klout, comme The Game, ne vous laisse pas le choix, vous jouez et c’est comme ça. On vous le dit dès la home : everyone has Klout… (et everyone est transporté d’extase à cette idée tellement ça a l’air mieux que le crack).

Klout, pour les deux du fond, c’est un algorithme qui calcule votre influence sur le réseau. Klout veut devenir la vraie mesure, le bon gros standard juteux de cette nouvelle matière qu’est l’influence. C’est pas con, c’est important de faire ça à une époque où il n’est pas toujours facile de distinguer les vrais pros des gros tarés magiques qui vomissent des arc-en-ciels en mettant des bananes à tout le monde.

Ainsi, Klout donne des notes. Sauf que l’algorithme de Klout est loin d’être un truc à la Google, un algo surpuissant sur lequel 300 ingénieurs ont usé 600 calculatrices pendant 18 mois. L’algo de Klout, il est plutôt comme celui des ventes ciblées d’Amazon qui te propose Forrest Gump après que tu aies acheté The Devil’s Rejects… il est plutôt à l’ouest. Et comme tous les algos à l’ouest, il vaut bien moins de choses que ce qu’il essaye de faire croire. Il est superficiel, crâneur et rikiki dans son pantalon. Alors il compense à grands coups d’annonces et de communiqué de presse arrogants.

Pas convaincu ? Faisons un petit tour dans le monde de Klout.

  • Selon Klout, Joe Fernandez (CEO de Klout) est plus influent qu’Evan Williams (CEO de Twitter). Déjà c’est louche. Cependant, chacun des deux est moins influent que @Mi, quelqu’un qui doit être drôlement cool parce qu’en seulement deux tweets postés en juin et septembre, et sans avatar ni info, il/elle dépasse les CEOs de nos deux boîtes à renommée globale.
    Rencontrez également MrSarkozy, qui d’un tweet a déjà rejoint le score de la plupart des blogueurs français.
  • Klout a aussi lancé un programme de marketing social : les coupons (super original, folks). Le principe : vous êtes une marque, vous mettez à disposition des lots gratuits qui ne peuvent être demandés que par des gens suffisamment influents dans le domaine de votre choix. Audi s’en était servi cet été pour faire gagner des… fonds d’écran. Mais bref.
    En ce moment, y’a des coupons pour gagner des places pour le film Winnie l’Ourson, l’autographe de John Goodman, une place au défilé Macy’s, une réduction bizarre pour un sandwich Subway en partenariat avec le jeu Uncharted 3 et pour finir une sorte d’eau à la menthe qui a l’air fabriquée dans un laboratoire scandinave : Metromint.
    Klout cherche à faire de l’argent avec le jeu de la réputation : c’est pour ça que tout le monde a un score Klout, même sans le savoir. La méthode n’est pas très éloignée d’un Yatedo, et ne vous demande pas votre avis pour créer votre profil.

Alors, puisque tout le monde joue, passons en revue les règles du jeu et trouvons quelques cheat codes pour augmenter nos Klout tous ensemble !

1/ Klout aime les cool kids !
Et oui, tel un vilain personnage de teen movies des années 80s, Klout vous juge  par votre entourage. Si vous traînez avec les cool kids à gros score, votre Klout montera en flèche. Mais si vous engagez la conversation avec trop de petits scores : gare ! Votre score diminuera d’autant plus rapidement que vous vous éloignerez des sunlights. Arrêtez de discuter avec le petit peuple, Klout aime les snobs.

2/ Klout aime quand tu ne bouges pas
Ne. Partez. Jamais. Parce que Klout recalcule votre influence chaque jour. Si vous ne vous exprimez pas, Klout pétera les rotules de votre score. Tweetez tout le temps, tweetez un max, Klout ne vous pénalisera jamais pour ça. Le coup facile : checkez les trendings topics et retweetez les trucs qui marchent le mieux. Pour Klout, un mec bavard est un mec influent.
Ps : N’oubliez pas Facebook – un reshare sur FB vaut une trentaine de RT sur Twitter. Postez des images de cartes de marabout et comptez les likes, votre Klout suivra.

3/ Klout aime ton graphe
Klout propose aujourd’hui de pluguer 12 réseaux pour calculer votre Klout. Certains sont plus efficaces que d’autres, cela dit. Lorsque Fish a intégré le WordPress de BoumBox à son profil Klout… il n’a pas gagné le moindre point, malgré nos 800 000 visiteurs CSP+++ alpha prime quotidiens. Mais suffit de lier vos comptes Facebook, LinkedIn ou Google+ pour voir votre score bondir, même si vous y êtes inactif depuis des plombes. Pourquoi ? Parce qu’avec un air de ne pas y toucher, Klout s’intéresse de près à nos graphes sociaux. Remember kids :  si tu ne payes pas pour un service, c’est sans doute toi le produit vendu.

4/ Klout aime le personal branling
Le Roi et sa cour. Plus vous vous mettez en avant, plus vous retouittez et engagez la conversation avec les gros plein de Klout (y compris @Klout lui-même), plus vous gagnerez du Klout. N’hésitez pas non plus à vous immiscer dans les hashtags populaires, ainsi que dans ceux des conférences tech ou social medias qui risquent d’attirer de gros Klouteurs spécialistes. Il ne s’agit pas d’être intéressant ou de débattre, il s’agit d’être le plus visible dans les évènements cools. Pour Klout, le mec qui dit coucou à la caméra derrière le journaliste qui couvre le festival de Cannes, c’est un influenceur.

5/ Klout aime Klout
Klout aime à mesurer votre dévotion pour Klout. Pour gamifier tout ça, les bonhommes ont créé des bons points : les +K (wouhou, CM2 forever), que vous pouvez distribuer à vos amis dans les topics où Klout trouve qu’ils sont peut-être influents (sans doute en se basant sur une métrique super sérieuse comme le nombre d’occurrences). Ce qui est drôle, c’est que les échanges de +K ne sont pas anonymes, comme on le ferait si on voulait que le système se base sur le mérite plutôt que le copinage. Dixit Fish : “Là, tout est fait pour encourager le donnant-donnant et la branlette en cercle. Même chose pour les listes. C’est pour ça que j’ai crée la liste mafia klout.
Faites des listes sur Klout, mettez vous les uns les autres dedans et dépensez-y tous vos +K : le jeu de la biscotte, façon e-répute !

Et maintenant, que vais-je faire ?

Bah dommage, les beaux jours de la mesure de l’e-réputation vont durer encore longtemps. Vu les enjeux financiers et les budgets placés sur les réseaux sociaux (on prévoit 10 milliards de $ d’investissement pub annuel sur Facebook d’ici à 2013), la mesure du retour sur investissement est une problématique de taille pour nos copains les directeurs marketing. Et comme les métriques manquent, on se raccroche aux branches, ce qui permet l’émergence de soluces bancales comme Klout.

Mais Klout n’est pas seul sur le terrain… En tout cas, pas pour longtemps. Déjà la relève se prépare. Kred par exemple, qui se présente comme un Klout “transparent“, a d’ores et déjà eu les honneurs de TechCrunch, malgré son horrible logo (un choix de couleur malheureux). Ils promettent que leur super algo à eux sera super ouvert et super moins arbitraire que celui du grand frère. Ce qui peut être super positif ou négatif selon la façon dont vous voyez l’eau dans le verre.

Le truc, c’est que les gens du réseau ne changeront pas 18 fois de plate-forme. De la même façon qu’il va être compliqué de déloger les communautés créées sur Facebook ou Twitter, les nouveaux outils d’influence ne pourront compter que sur une infime portion des comptes déjà présents sur Klout. Pour les récupérer, il faudra à Kred (ou autre) beaucoup de RP afin que la presse donne une web-créd croquante au produit et de biens jolis scores pour flatter nos influenceurs du Dimanche, au risque qu’ils démontent le nouvel arrivant au profit de Klout… et du leur. Parce que les réseaux sociaux, c’est bien gentil, mais faudrait pas que leur dur travail de réseautage s’effondre devant une mesure trop réelle !

Personal Branling a de beaux jours devant lui.

You Just Won The Game

octobre 19, 2011

Débarrassons nous en tout de suite : “You just lost the game“. Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, “The Game”, c’est un virus mental à l’origine mystérieuse et dont le principe se résume en trois règles :

1 – Vous êtes en train de jouer à The Game (et par extension, tout le monde, partout, tout le temps, qu’il le sache ou non, joue aussi)

2 – Si vous pensez à The Game, vous avez perdu

3 – Chaque défaite doit être annoncée à au moins une personne.

Certains y voient un jeu amusant, d’autres une grosse perte de temps voire une source d’énervement. Notre ami Harry Tuttle considère plutôt la chose comme une métaphore de la vie avec un message épicurien. On peut aussi voir ça comme une métaphore de la vie avec un message nihiliste/zen, parce que toute tentative de gagner The Game est vouée par nature à l’échec.

The Game n’a pas de sens, mais il révèle sans doute plein de choses sur la psychologie des joueurs : la seule “stratégie gagnante” est en effet de faire perdre autant de personnes que possibles avec vous, de sorte que votre défaite perde de son importance. Du coup c’est une des sources de trolling les plus courantes sur 4chan, où on trouve toujours de nouvelles façons, subtiles ou pas, d’amener un “You Just Lost The Game”.

you-just-lost-the-game

La question de l’origine de The Game reste (et restera à jamais, sans doute) irrésolue. Le site Losethegame.com a cependant fait des recherches approfondies, qui datent la première mention online de The Game sur un blog en 2002 et en à trouvé des origines possibles chez Tolstoï et Dostoïevski qui jouaient au jeu de l’ours blanc, jeu impossible dont le but est de se concentrer pour ne pas penser à un ours blanc.

Leur théorie la plus solide retrace l’origine de The Game à l’université de Cambridge dans les années soixante-dix. A l’origine, des mathématiciens auraient tenté d’inventer un jeu qui ne correspondrait pas à la définition de John Von Neumann, l’inventeur de la théorie des jeux. C’était un jeu complexe qui tournait autour du principe de “ne pas penser à la station de métro “Finchley Central”. Au milieu des années 1970, les membres du club de science fiction de l’université simplifient le jeu en ne retenant plus que cette règle là. A quel moment “Finchley Central” serait devenu “The Game”, personne ne peut le dire, mais en tout cas la geek cred du jeu est assurée.

Zelda can't triforce

De mon côté je viens de trouver un autre élément qui pourrait être en partie à l’origine de The Game, et qui en plus convient à ma façon d’y penser. Vous savez sans doute que Sherlock Holmes est un personnage de fiction. Pourtant, comme avec sans doute beaucoup de personnages si populaires, anciens et ayant connu mille et une adaptations, un nombre significatif de personnes pensent que Sherlock Holmes était un personnage historique. Cette zone de flou entre réalité et fiction s’étend des deux côté : beaucoup de gens se demandent si Jack l’Eventreur était réel (et pas dans le sens “N’était-il pas avant tout une projection de l’inconscient collectif anglais à travers les médias ?”)

De son vivant, Conan Doyle recevait déjà des lettres de lecteurs qui voulaient embaucher Sherlock Holmes, mais parmi les lecteurs les plus passionnés et éclairés de Sherlock Holmes s’est développé dès le début du vingtième siècle ce qu’entre eux ils appellent aujourd’hui “The Game”, ou “The Great Game”. Le principe de ce jeu, c’est de faire tout comme si Sherlock avait réellement existé, ce qui implique généralement de trouver des explications aux incohérences dans les romans (la plus facile : Watson, le narrateur, s’est trompé).

Dorothy Sayers, elle même auteur de romans policiers, membre fondateur du Detection Club et essayiste, a évoqué le Great Game et ses règles en 1947 dans son recueil Unpopular Opinions, l’expliquant comme un outil de critique littéraire. Ca reste quand même avant tout un jeu de geeks, qui se termine aujourd’hui en murder parties.

Ca colle donc plutôt bien avec l’idée que je m’étais faite de The Game la première fois que j’ai rencontré le concept.

The Game c’est la réalité, c’est le monde, et c’est un jeu. Penser au Game, c’est se rendre compte que nous sommes dans la caverne de Platon, dans la matrice, dans un rêve dans un rêve dans Inception. Dans le vocabulaire des gangsters de The Wire, “The Game” c’est le business de la drogue, et au fur et à mesure des saisons on découvre que c’est un jeu auquel participent aussi la police, les politiciens, les profs, les journalistes… Tout le monde. Dans ce sens là, penser au Game, c’est prendre du recul et avoir une approche holistique de la société, et prendre conscience qu’on n’est qu’un pion.

Quel que soit le niveau choisi, penser au Game, c’est se rendre compte que comme Sherlock Holmes, notre individualité n’est qu’une fiction, que nous ne sommes que des pions sur l’échiquier le l’hyperréalité, que notre libre arbitre n’est qu’une illusion du multivers, ou bien que nous sommes des hologrammes. Je l’admets, c’est une interprétation très personnelle qui était sans doute bien loin de l’intention des créateurs du Game. Ne serait-ce que parce que dans ce sens, quand on pense à The Game, on gagne un peu.

Le tweet de l’emploi : chercher un job sur Twitter

octobre 17, 2011

J’ai vu La Gueule de l’Emploi et j’en ai opportunément imité le titre, mais je ne vais pas me plaindre et vous faire croire que mon expérience est traumatisante comme celle des candidats passés à la moulinette par les recruteurs de RST Conseil. J’ai la chance de bosser en freelance et de pouvoir faire un peu le difficile. Chercher un job sur Twitter, c’est pas stressant, c’est juste relou.

twitter stage

Trouver le bon tweet

Créez vous une recherche sur “emploi”, “poste”, “CDI” et le nom de votre job, et consultez la régulièrement. Ajoutez les quatre ou cinq autres façons dont on peut désigner ce que vous faites (digital web strategist, social project manager, chef de planning 2.0… )  Prenez conscience qu’on parle beaucoup trop de votre job dans toutes les langues du monde et, sauf si vous êtes intéressés par un job au Pérou, laissez tomber. A moins que votre job n’ait un intitulé en français, auquel cas c’est l’effet inverse : vous n’avez aucun résultat, parce que sur Twitter, plus personne ne veut embaucher quelqu’un qui fait un de ces vieux boulot qu’on désigne encore en français.

Contentez vous alors de trouvez les quelques comptes qui retweetent toutes les annonces dans votre domaine, et faites savoir à tous vos followers que s’ils voient passer une annonce pour vous, vous leur donnerez du Klout contre un petit DM.

Normalement vous devriez finir par voir passer plusieurs tweets-annonces par jour. Vous pouvez les classer en deux camps : d’abord il y a celles qui renvoient vers une annonce plus descriptive sur bale.fr, Monster, etc… A partir de là, on est dans le monde normal du marché du travail, et c’est pas marrant. Les annonces qui nous intéressent, ce sont celles qui ressemblent à ça : “Cherche community manager #CM. DM if intéressé. Merci de RT“.

Ca ne dit pas grand chose sur le job, mais justement, quand ça en dit trop, vous découvrirez neuf fois sur dix que si on a ressenti le besoin de rendre l’annonce intéressante, c’est que le “poste” est un stage non rémunéré.

Postuler pour un job inconnu

Vous allez donc probablement envoyer un CV et une lettre de motivation en connaissant au mieux le nom de l’employeur et l’intitulé du poste. Recherchent-ils quelqu’un de plutôt junior ou senior ? Quelqu’un qui sait parler anglais, qui est prêt à aller travailler tous les jours dans les Yvelines, qui connaît bien le marché du steack haché ou qui sait tricoter ?

Peu importe : le recruteur présume toujours que vous voulez de son job, quelles que soient les conditions. Et quand vous le rencontrez trois semaines plus tard, il se plaindra que le processus a été long parce qu’il a reçu “énormément de candidatures”.

Du coup, on découvre vraiment le poste en entretien, ce qui peut amener à des dialogues très sympas. “Je ne peux pas vous dire le nom du client ni où ils sont, mais rassurez vous, c’est à peine à une heure de voiture de chez vous. Vous avez le permis bien sûr ?”. “En fait, l’intitulé du job c’est “community manager” mais il faudra surtout répondre aux mails et faire du café”. Et le grand classique :

- Quelles sont vos prétentions salariales ?

- 50 Kinder Maxi par mois.

- Nous avons alloué 2 Schoko Bons au poste. Je peux peut-être convaincre la direction de monter à 2,5.

Les réseaux sociaux, c’est révolutionnaire.

Tout ça aurait pu être évité avec une annonce de plus que 140 caractères, mais c’est encore très normal. Il y a des employeurs, par contre, qui poussent le “recrutement par les réseaux sociaux” un peu plus loin, parce que les réseaux sociaux, c’est “révolutionnaire”.

La semaine dernière, un ami me fait suivre un tweet d’e-loue, start up française de location communautaire, qui recherche un community manager. Je ne sais rien de plus sur eux, alors je les contacte au cas où, c’est toujours marrant de rencontrer des start up. Leur réponse m’étonne, puisqu’en plus de mon CV ils me demandent “un article qui pourrait figurer sur notre blog”. Pourquoi pas. Sauf que je découvre, sur leur blog, qu’ils viennent de lancer le “premier concours CCM : un CDI pour un community manager“.

Le principe du concours : les billets “exemple” sont publiés, et la “communauté” est censée donner son avis et voter pour leur préféré. A travers un module de commentaire qui ne marche pas, au passage. Donc en gros, on est censé faire un billet et surtout un “buzz’ autour de leur site gratuitement pour un poste dont ne sait ni en quoi il consiste (en demandant poliment j’ai juste obtenu une annonce un peu vague sur Remix Jobs) ni combien il serait payé.

Et ils ne sont pas les seuls à organiser ce type de concours, la version cheap des concours “best job in the world”, sauf que là il y a un vrai job à la clé. Bonne chance pour eux s’ils se retrouvent au bout du compte avec comme “community manager” celui qui aura su créer le plus de faux comptes Facebook avec lesquels voter.

Bonne recherche !

Les traders existent-ils vraiment ?

octobre 11, 2011

On a tous été choqué par cette vidéo du “trader” qui expliquait à une présentatrice de la BBC qu’il attendait impatiemment l’effondrement de la zone euro, que ce serait une super opportunité pour les gens comme lui et que Goldman Sachs étaient les maîtres du monde. Choqués au point de nous persuader qu’il n’était qu’un fake. Pourtant, il ne disait pas grand chose qu’on ne sait déjà de l’état d’esprit des traders, non ?

Après enquête, il semblerait que, finalement, ce type n’ait pas été là pour blaguer. Ca ne voulait pas dire pour autant qu’il n’était pas faux : il ne travaillerait pour personne d’autre que lui, et il n’aurait pas sa licence qui l’autoriserait à être un trader. En gros, c’est un imposteur, mais un imposteur qui n’était pas motivé par l’imposture. Il disait probablement tout ça pour que ça devienne vrai.

Est-ce vrai, après tout, que les traders attendent impatiemment l’effondrement de l’économie ? Oui et non. Il y a indéniablement des traders qui spéculent à la baisse, comme on dit poliment. Pourtant lors de la crise de 2008, une crise qu’on avait aussi annoncé depuis longtemps, si vous vous rappelez bien, des tas de traders ont perdu leurs jobs, et des banques ont fait faillite. Si on a appris une chose en 2008, c’est que les traders sont en fait plutôt mauvais, en général (avant ça même, les exemples de la stupidité collective des traders étaient déjà nombreux). Et il ne peut pas y avoir de nouvelle crise sans qu’il y ait de nouveaux perdants. Des traders moins stupidement arrogants que ce type le savent et se disent probablement qu’éviter une nouvelle crise, ce serait plutôt pas mal.

Est-ce que Goldman Sachs contrôle vraiment le monde ? La grande méchante banque qui contrôle tout ne fait pas un si bon job, semble-t-il, puisqu’elle a perdu quelques centaines de millions de dollars sur le dernier trimestre. C’est le monde qui contrôle Goldman Sachs, pas l’inverse.

Les traders sont peut-être les premiers conspirationnistes, parce qu’ils croient aux puissances cachées qui contrôlent le monde, mais qu’au lieu de créer un blog pour nous prévenir du danger des reptiliens comme le ferait n’importe quel individu saint d’esprit, ils ont choisi de se mettre à leur service. La vérité, c’est bien sûr que personne ne contrôle le monde, même pas eux, mais ça fait trop peur pour qu’ils l’admettent.

Ce type qu’on a vu sur la BBC n’est qu’un wannabe trader. Il est venu à la télé pour dire tout haut ce que les autres traders gardent pour eux, parce qu’il a pensé que ce serait super pour son personal branding et donc, à terme, pour devenir un vrai trader.

Un vrai trader, c’est un type sans pitié, intelligent, qui voit venir les fluctuations du marché et qui finira toujours gagnant. Le marché, bien sûr, n’est qu’une gigantesque fiction, le produit de plusieurs milliers de prédictions performatives à la seconde. L’argent qui s’y échange a depuis longtemps cessé de représenter des biens et des services pour ne plus avoir de valeur que la sienne propre. Les traders sont tous des types comme ce benêt venu jouer le rôle du connard sur la BBC.

Cette vidéo a causé un choc parce qu’on ne voit jamais de vrai traders exprimer publiquement ces opinions si viles qu’on semble pourtant tous si certains qu’elles sont les leurs. Peut-être est-ce parce que le vrai trader n’est qu’une image projetée par tout un tas de wannabes dans une arène de l’image qu’ils appellent le marché. Les wannabes traders passent leur temps à tenter de ressembler à cette image platonique du trader, et ce faisant ils façonnent le marché. Mais au final, le vrai trader, celui qui contrôle tout, il n’existe que dans notre imagination à tous.

Bye Steve

octobre 6, 2011

Steve,

Chez BoumBox, on a pas été très gentils avec toi.

La vérité, on aime pas spécialement Apple, sa philosophie du tout propriétaire qui était la tienne, ses produits de plus en plus chers et de moins en moins performants, son arrogance qui était aussi la tienne, sa vision du marché, son confort monopolistique, sa censure, ses méthodes de travail, son refus des standards, son combat contre le logiciel libre, son hypocrisie…

C’est le problème des monarques éclairés, comme toi. Ils sont visionnaires, parfois talentueux, mais ils ont peur du peuple. Alors ils le dirigent. Ils le manipulent pour ne pas avoir à l’écouter. Ils lui répètent que c’est pour son bien. Ils en sont intimement persuadés.

Tu as été pionnier, Steve. Tu l’es sans doute resté la majeure partie de ta vie. Tu as défriché, découvert et influencé des générations de geeks, de techniciens et (c’est là que c’est fantastique) de gens “normaux”. Tu as résumé et donné une vision de l’informatique au grand public. Ça, c’est grandiose.

Tu es parti, maintenant. Ta dernière création sera un module de reconnaissance vocale, pour intégrer plus encore l’humain à la machine.
Son petit nom : Siri. Dévoilé juste avant le veto Russo-Chinois sur la Syrie. Coïncidence ? Je ne crois pas. Ces salopards de communiste 2.0 ne pouvaient résister à la tentation d’humilier l’un des plus grands capitalistes du 21e siècle.

Meilleurs vents, Steve. On ne va pas t’aimer plus, ni toi ni la pomme croquée. 50% du staff BoumBox n’a toujours pas d’iPhone, tandis que les autres 50% n’attendent que la fin de leur abonnement pour s’en débarrasser et passer au droïde.

Mais voilà, ce n’est pas parce qu’on ne l’aimait pas qu’on ne respectait pas le boulot abattu.
Il y en avait. Plein.

Et parfois, c’était même du bon boulot.

Ça fait chier ce qui t’arrive.

Bye Steve.

#FunFactFriday : statue et désastres sur la Lune

septembre 30, 2011

C’est un fait largement inconnu, il y a une statue sur la Lune.

Non ce n’est pas un monolithe noir (aussi le film est nul).

Il s’agit d’une toute petite statuette, déposée là lorsque David Scott, Alfred Worden et James Irwin ont aluni lors de la mission Apollo 15 (été 1971, bien d’autres étaient déjà passés par là). A l’époque, les équipages de missions américaines étaient soit de l’Air Force, soit de la Navy, chaque équipe essayant de marquer un peu plus le coup à chaque fois. Nos trois hommes (de la Navy donc) avaient quitté la grande bleue avec une petite idée : rendre, dans l’espace, un hommage aux héros morts lors de la grande conquête des étoiles, qu’ils soient neveux de Lénine ou de Sam.

Quatorze noms d’astronautes disparus en mission furent donc gravés sur une plaque commémorative :

- Theodore Freeman, mort en 1964 lors du crash de son T-38 . Le premier avion supersonique dédié aux tests des pilotes de la NASA.
- Charles BassettElliott See, en 1966, lors d’un autre accident de T-38 (piloter des avions supersoniques à l’ère de l’informatique cheap, c’était pas gagné..).
- Edward Givens, mort en voiture en 1967, avant d’avoir pu effectuer son premier vol. Un mec brillant mais malchanceux.
- Roger Chaffee, Virgil Grissom et Edward White, morts durant l’incendie de la capsule Apollo 1 lors des sessions d’entraînement. Oui, la conquête spatiale a fait plus de morts sur Terre que dans les étoiles.
- Vladimir Komarov, premier cosmonaute à mourir lors d’une mission spatiale, victime du crash de sa capsule Soyouz 1 au retour de mission. La capsule avait connu de nombreux problèmes techniques, son parachute principal ne s’est pas ouvert lors de la procédure d’atterrissage, le parachute secondaire s’est entortillé en l’air et n’a rien freiné. Soyouz 1 s’écrase le 24 avril 1967 au Kazakhstan.
- Clifton Williams, encore un accident de T-38 en 1967.  Williams s’est éjecté de l’appareil, mais allait trop vite (et à trop basse altitude) pour atterir sans danger.
- Yuri Gagarin, le bogoss’ rouge et premier homme dans l’espace, était doublure de secours de la mission Soyouz 1. Déjà, le destin lui en voulait. Yuri était pilote de l’armée de l’air, comme nombre de ses homologues américains. Il meurt lors du crash de son Mig 15, d’une manoeuvre brusque pour sauver une école d’enfant sur lequel le Mig aurait du se cracher (thèse officielle communiste) / parce que c’était une tête brûlée et qu’il lui manquait toutes les infos météo (thèse de chien capitaliste).
- Pavel Belyayev, le premier cosmonaute à avoir ramené sa mission sur Terre uniquement en contrôle manuel. La mission en question, Voskhod 2, a eu toutes les couilles de navigation possible. Pavel finira par prendre en main le retour sur Terre, allongé sur les sièges de pilotage pour s’occuper des commandes, tandis que son co-pilote, Leonov, le maintient en place. Pour avoir voulu vérifier leur altitude, ils perdent quelques secondes de manoeuvre et finissent à 2000 kilomètres de leur point d’atterrissage. Les boulons explosifs de la porte de la capsule ne fonctionnent pas, Pavel donc donc les forcer à la main, il sauve son co-pilote écrasé par les écrans, et organise leur nuit dans des conditions de froid extrêmes. Ils sont sauvés le lendemain. Pavel est porté en héros, alors que c’est Leonov qui vient d’effectuer la toute première sortie spatiale, en 1965. Pavel meurt d’une péritonite en 1970.
- Viktor PatsaïevVladislav Volkov et Gueorgui Dobrovolski, sont morts le 30 juin 1971, lors du retour sur Terre de la capsule Soyouz 11. Une minuscule valve, placée sous le siège des pilotes, s’ouvre accidentellement et la capsule se dépressurise en 30 secondes, asphyxiant l’équipage. Viktor avait réussi à la refermer manuellement à moitié.

Le 2 août 1971, une heure avant de redécoller vers la Terre, nos braves Scott et Irwin du début s’agenouillent dans le sable lunaire pour y déposer cette plaque, chargée d’histoire. Devant la plaque, ils couchent une statuette en aluminium, de 8,5 cm de long : The Fallen Astronaut. L’oeuvre de Paul Van Hoeydonck, un sculpteur belge vivant à New York, qui avait par hasard rencontré l’équipage d’Apollo 15.

La voilà : la seule oeuvre d’art présente sur la Lune.

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