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Les autres internets

août 21, 2012

L’idée de ce billet m’est venue d’une drôle d’initiative : il y a trois mois et des patates, une bande d’ingénieurs roumains épris de cyber-liberté avait le projet de créer un internet alternatif. Ils avaient récupéré un gros tas de serveurs qu’ils avaient reconfiguré et il ne leur manquait plus qu’un bon gros satellite en orbite pour mettre en place un deuxième internet accessible de partout et débarrassé de tout bot-flicage et sans filtrage gouvernemental et sans grosse corporation pour faire le tri à ta place dans ton moteur de recherche.

Du coup, ils avaient monté un projet en crowdfunding sur un site européen obscur et j’en ai plus jamais entendu parler. Sans doute que les Google Ninjas les ont tué, ou qu’ils bossent pour Al-Qaïda ou une autre ONG anti-capitaliste.

Sur le coup, j’avais trouvé ça cool, un deuxième internet. Puis j’ai réfléchi et j’me suis dit que ça existait déjà. Déjà y’a Facebook. Dans le genre carré VIP dont aucune info ne sort jamais, c’est pas mal. Pas très libertaire-Torvaldien (« Nvidia, fuck you« ), mais bien indépendant du reste.

Après, j’me suis dit « Facebook c’est quand même sur l’internet, les Google Bot y ont un peu accès et puis ils laissent tous les pèlerins faire des applis trouées dedans et récupérer des données pour les vendre ailleurs donc c’est pas si fermé que ça« . Après je me suis souvenu des dernières success stories de l’interouèbe magique et j’ai compris que je faisais fausse route.

>> Février = Apple rachète Chomp (une appli pour trouver d’autres applis) pour 50 millions de dollars.
>> Mars = Zynga rachète Draw Something (dessinez c’est gagné, 20 ans après) pour 180 millions de dollars.
>> Avril = Facebook rachète Instagram (polaroïd, with a social twist) pour 1 milliard de dollars.

Des applis, des applis partout. Aucun site : que des applis mobiles. Après quelques années de community fapping, le tout-mobile prenait enfin le devant de la scène. Tous über-connectés, partout. Une belle illusion, si je peux me permettre, parce qu’entre le boulot et la maison, tu peux te crever les yeux avant de trouver du réseau dans les transports (installer des relais Wi-Fi tous les 200 mètres dans le métro, ça doit coûter trop cher…). Je ferme la parenthèse.

Mais c’est quoi une appli ? Un petit univers tout fermé, qui te demande l’accès à ta vie sans te dire ce qu’il va en faire. Sérieux, quelle appli aujourd’hui ne demande pas, au minimum, accès à ton compte FB ?
Où sont les règles standards du monde des applis ? Leur W3C ? Quand est-ce qu’on sait si c’est sécurisé ou pas ? Combien de scandales ces derniers mois sur des applis qui balançaient les infos de ton répertoire sans t’avertir ? A côté de petit monde, Facebook passerait pour un Gandalf psycho-rigide qui protège ta vie privée au prix de sa vie.

Evidemment, comme tout dans la vie (et d’autant plus dans la vie algorithmique de la Web qu’on aime), la success story de l’ère des applis a ses cheat codes pour atteindre le Saint Graal : l’exit. Ce petit mot qui symbolise la réussite de la race entrepreunariales. La sortie – vers le haut – de la plèbe grouillante vers l’évaporation extatique dans les cimes de la gagne, en un mot, la revente. L’exit, c’est résoudre l’équation « 2 potes dans une cave + X = des millions de dollars ». Ils sont un paquet à se gratter le bulbeux pour trouver X. Parfois, ils sont géniaux et ça marche. Parfois, ils répondent à un besoin et sont travailleurs donc ça marche. Parfois, ils nous charment comme des serpents et ça marche. Et parfois, juste ils trichent… et ça marche.

Le but n’est pas forcément de faire des trucs biens, remarquez. Le but est de faire la meilleure impression possible pour faire péter le prix de vente. Ce qui arrive après… est vachement moins intéressant qu’une piscine de diamants aux Bahamas. Le jeu consiste donc à simuler une montée en puissance, pour remplir ses powerpoints de courbes exponentielles.

Sur le web, les sites s’amusent aussi à ça. On ne compte pas le nombre d’embrouilles développées par les groupes médias du Web pour absorber du traffic et gonfler artificiellement les chiffres des plus gros titres de presse (Le Figaro est très fort à ce jeu, avec la multiplication des noms de domaine).

Dans l’internet des Apps, on s’amuse aussi pas mal. L’une des grosses techniques consiste à offrir du contenu à l’utilisateur en l’échange du téléchargement d’une autre App, qu’on voudrait bien mettre sous stéroïdes. La pratique s’est répandu chez les développeurs d’Apps comme une MST dans un bar à putes, si bien qu’Apple a fini par simplement l’interdire. C’est toujours open bar chez le Droïde.

Qu’à cela ne tienne. En popularisant (en créant ?) le monde des Applis, l’ami Steve a également créé une nouvelle façon de consommer le mobile et, comme on le sait depuis l’avènement du roi Internet, là où il y a de l’attention, il y a un marché. Les publicités in-App représentent déjà un business de 3 milliards de brouzoufs en 2011. Et vont sans doute exploser les budgets de la pub mobile en 2012. Tout ça à l’heure où, vu la multiplication des plates-formes, tout le monde devrait se jeter sur des versions mobiles et abandonner le principe (quand même bien simpliste) d’application… HAHAHA, tu parles.
Toute cette puissance publicitaire (la partie non achetée) est bien sûr mise au service de la création de traffic vers l’App stratégique du moment, selon les amitiés personnelles et les sympathies monétaires, afin de faire grimper ses chiffres de fréquentation… à l’approche d’une levée de fonds.

A la liste des techniques peu reluisantes de la création artificielle de traffic, on pourra ajouter le spam agressif, le référencement bidon ou toute la race des partages automatiques, qui se passeront en grande partie de votre avis pour contacter vos amis plus ou moins sous votre nom. On y ajoutera un truc mignon dans le cas des applis qui fonctionnent à coup de User Generated Content : la modération passive.

Ca c’est un truc classe, dont même Youtube se sert allègrement. Vos utilisateurs envoient des contenus qui violent sans complexe les droits d’auteurs (ou la morale) et au lieu de les faire sauter dans l’heure, comme vous en avez techniquement le pouvoir, vous les laisser drainer de l’audience pendant une semaine et prétextant « trop de travail » si l’ayant-droit (ou la morale) vient vous taper sur les doigts. Puis vous supprimez le contenu litigieux pour montrer votre bonne foi, bien sûr.

Tout cela, mis en perspective (ou en quinconce), fait émerger une drôle de morale qui me fait doucement marrer… Les communautés qui pistent les dernières nouveautés ont tort, évidemment. Elles participent à l’escroquerie générale en faisant monter la sauce sur des produits sans futur (donc, sans qualité ?). On a tous un(e) pote qui s’esbaudit chaque matin sur un nouveau truc révolutionnaire que tout le monde (y compris lui/elle) a oublié 6 mois plus tard. Parfois même on est mariés avec (bisous).

Tous les Hipsters et les Swaggers (je crois que c’est plus la même communauté depuis que le Swag est devenu « old » même s’il a été repris par des communautés plus jeunes), qui sautillent d’extase dans les pluies de nouveautés ne seraient guère plus que l’avant-garde de la consommation inconsciente, immédiate, non-durable ? Ne serait-ils plus que le coeur de cible, crédule et naïf, de ceux qui cherchent à embrouiller le marché ? S’agirait-il d’une pose et non d’intelligence ?

C’est plus dur à dire qu’à penser.

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6 commentaires leave one →
  1. août 21, 2012 11:15

    bonjour
    C’est toi qui a créer ces images animés ? , impressionnant surtout la dernière

  2. août 21, 2012 13:20

    Amen. Il y a du bon sens ici.

  3. syracuse permalink
    août 21, 2012 14:41

    et animéEs les images…Même si je préfère la fotolia fixe du barbichu qui se prend la courbe exponentielle paf en plein dans le front, j’admet que le gif animé cantonnais a du Sergio Leone en lui.

  4. Anon permalink
    août 21, 2012 20:27

    “Jesse, you asked me if I was in the meth business or the money business. Neither. I’m in the empire business.”

    Et c’est pour ça que Walter White aka Heisenberg ne se fait pas racheter, lui.

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