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Survivre à Facebook et Groupon

juin 7, 2011

Facebook va probablement entrer en bourse dans l’année. On évalue Facebook entre 60 et 100 milliards de dollars, soit jusqu’à 50 fois son chiffre d’affaire. Attendez vous à voir la tête de Zuckerberg en couverture de beaucoup d’autres magazines. Attendez vous à entendre votre coiffeur, votre boulanger et le clochard du coin de la rue vous expliquer comment il va bientôt faire fortune. Investissez dans les antidépresseurs, parce qu’ils en auront tous beaucoup besoin un an ou deux plus tard quand la bulle aura éclaté.

Le marché de la publicité mondiale devrait atteindre 500 milliards de dollars en 2012, en bonne partie grâce à la Chine, où personne n’a de compte Facebook et où la présence de Google reste incertaine (et de toute façon négligeable). Aujourd’hui, Facebook et Google vaudraient 300 milliards. Au rythme où vont les choses ils vaudront bientôt à eux deux plus que tout le marché qui est censé leur apporter leurs revenus.

Facebook ne peut pas sauver nos économies parce que Facebook ne produit pas de valeur. Je ne vais pas vous sortir l’argument réac’ du type qui ne croit pas aux productions intellectuelles : je veux bien croire que quand Zynga vous vend une nouvelle vache arc en ciel sur Farmville, c’est un pas de plus pour la glorieuse marche du capitalisme. Facebook par contre ne créera pas de croissance parce que l’entreprise n’emploie que 2000 personnes à travers le monde et que le service qu’elle fournit n’est pas fondamentalement nouveau. Je ne veux pas parler du service de « réseau social », je veux parler de celui qui est censé leur rapporter de l’argent : offrir aux annonceurs des outils marketing d’une précision jamais vue.

Les outils marketing, ça fait longtemps que ça existe. Même en ignorant le fait que pour l’instant on attend encore des résultats de cet outil marketing miracle qu’est censée être la pub sur Facebook, le problème n’est pas là. Facebook pourrait avoir développé une application hypnotique qui garantirait une transformation de 100% des impressions en acte d’achat, ça ne changerait pas grand chose à la récession.

x-ray specs

La récession, c’est tout le problème. Ces fichus consommateurs ont de moins en moins de pouvoir d’achat et tous ces nouveaux outils de marketing pourront peut-être assurer aux plus malins des annonceurs une plus grande part du gâteau, ça ne changera rien au fait que le gâteau est de plus en plus petit.

Sans doute que les créateurs de Groupon ont compris ça. Groupon est une de ces start ups complètement surévaluées par les investisseurs, mais Groupon, contrairement à Twitter, Quora et tant d’autres, a un chiffre d’affaire conséquent. Pour ceux qui ne connaîtraient pas, Groupon est un site qui propose des « deals » journaliers. Genre « un brunch pour deux à 15€ », « une épilation laser à -50% », etc… Si suffisamment de personnes souscrivent à l’offre, elles en bénéficient toutes.

C’est un business model en pleine explosion, les imitateurs de Groupon se multiplient. Facebook, Google, Foursquare, bref, tout le monde et son cousin a annoncé une formule ou une autre de « deals » ces derniers mois. C’est tellement simple et lucratif : d’un côté vous avez une population appauvrie en quête de bonnes affaires, de l’autre des commerçants de plus en plus sous pression pour faire venir la clientèle à coup de promos outrageuses. En attendant que quelqu’un se rende compte que faire venir dans sa boutique 2000 mangeurs de cupcakes dont une dizaine seulement remettra un jour les pieds dans votre boutique, Groupon prend une commission généreuse sur chaque transaction et excite l’appétit des neuneus de Wall Street.

barking dogs gif

Récemment Facebook a mis en place un système qui, en substance, vous permet de gagner de l’argent en regardant de la pub. C’est un autre signe du changement à venir de notre économie : si vous avez de moins en moins d’argent, il devient de plus en plus précieux, et les multinationales survivantes vont se battre comme des chiens enragés pour vous l’arrache. C’est peut-être à ça que ça ressemblera, l’économie de l’attention.

Ne désespérez pas : vous serez peut-être moins riche en monnaie, mais vous aurez plus de pouvoir à travers votre attention. Facebook est déjà prêt à vous payer pour votre attention. Organisez-vous, apprenez à la gérer comme vous gérez votre argent et vous pourrez peut-être vous en sortir après l’explosion de la prochaine bulle.

Valérie Damidawg

mai 26, 2011

Je n’ai pas vraiment eu le temps d’écrire un billet cette semaine, alors à la place, je vous dévoile un de mes secret honteux : quand j’ai découvert Canv.as, j’ai créé un mème pour moi tout seul qui combine mes passions pour Xzibit, le design et M6. Ca donne ça :

valerie damidawg inception

valerie damidawg post structuralisme

valerie damidawg xzibit

valerie damidawg chevalvalerie damidawg bear grylls

valerie damidawg furry

J’en ajouterais peut-être d’autre dans les commentaires, si l’inspiration frappe à nouveau. Et vous, que pensez vous de participer à l’engagement communautaire activé de ce blog 2.0 ?

Pourquoi et comment supprimer votre profil Yatedo

mai 20, 2011

Vous n’avez pas de profil Yatedo ? Tous les gens branchés en ont un. En fait, vous en avez sûrement un, et vous ne le savez même pas. Moi même, j’ai découvert le mien il y a seulement deux jours, grâce à une alerte Google que j’ai mise sur mon nom (par pure vanité, je veux savoir ce qu’on dit de moi. En général la réponse c’est : rien du tout). Allez donc voir sur Yatedo si vous y êtes.

Au début, j’ai cru qu’il s’agissait simplement d’un moteur de recherche de personnes, comme 123people, qui est déjà un « non service qui pue« , mais Yatedo est en fait bien pire. J’ai découvert ma photo de profil Facebook, une liste très raccourcie de mes contacts et c’est heureusement à peu près tous. D’autres ont des profils beaucoup plus complets, puisque Yatedo est parfois capable de relier vos comptes Facebook, Twitter, Viadeo, Linkedin… et donc afficher votre bio, votre CV, vos derniers tweets, vos photos. De nombreux internautes se plaignent en découvrant leur profil Yatedo d’y voir des infos privées, périmées, fausses, ou bien de les voir liées ensemble : un CV Linkedin et une photo de planking nudiste sur Facebook ne s’adressent pas au même public, où alors vous cherchez un boulot très particulier.

La différence entre 123People et Yatedo, c’est qu’alors que le premier va chercher les infos sur vous à chaque nouvelle requête, Yatedo se permet de vous créer un profil et de stocker vos données. La différence serait mince dans les faits si la base de donnée était mise à jour régulièrement. La FAQ du site explique cependant dans un français très approximatif que « En raison du programme Beta en cours, les mise à jour automatiques prennent plus de temps ». Plus de temps que quoi ? Visiblement, la base de donnée a été constituée en 2008/2009, et elle n’a pas été significativement mise à jour depuis, donc la réponse c’est « plus de temps que tous les autres sites du monde ».

Si vous vous dites prudent, donc, et que vous avez verrouillé votre compte Facebook, vous avez intérêt à l’avoir fait il y a quelques années. Vous savez, début 2008, quand les réglages de Facebook étaient encore plus incompréhensibles. Tout changement fait depuis est virtuellement inutile.

Mais ne vous inquiétez pas, Yatedo est un outil utile créé pour vous aider à gérer votre identité numérique, en tout cas c’est ce qu’osent affirmer ses créateurs. En effet vous pouvez supprimer ou modifier vos informations vous même sur Yatedo. Sauf que ce n’est pas si évident.

fucking magnets

Après tout, ce que fait Yatedo n’est pas si différent du Social Circle de Google, l’initiative qui a donné à Facebook l’envie de lancer une campagne de communication anti-Google. Ces données, vous pouvez aller sur le site de Yatedo et les supprimer, non ? Yatedo propose même pour ça deux techniques : la première, c’est d’aller sur cette page et d’entrer l’URL de votre profil Yatedo. Je l’ai fait, mais le site à refusé de supprimer mon profil parce que le compte Facebook sur lequel il est basé existe toujours.

OK, j’essaye donc la seconde méthode et là, je suis stoppé net dans la procédure : pour accéder à vos données il faut créer un compte Yatedo, d’abord en rentrant mon mail (pas de problème, j’ai des adresses poubelles pour ça) et en liant votre compte à votre compte Facebook. C’est à dire en donnant à Yatedo l’accès à beaucoup plus de données qu’ils n’en ont déjà sur vous et vos amis. Je sais pas vous mais moi ça ne me dit rien.

La cerise sur le gâteau c’est que selon plusieurs témoignages, même si vous êtes assez naïfs pour accepter de leur donner accès à votre compte Facebook, souvent la procédure échoue, ou bien votre compte réapparaît comme par magie sur Yatedo au bout de quelques semaines.

Alors, qu’est-ce que vous pouvez faire ?

En théorie, vous pouvez déposer une plainte auprès de la CNIL, expliquant que vous avez contacté le responsable du site et que vous lui avez laissé les deux mois réglementaires pour retirer vos infos de son site. La CNIL va l’ajouter à la pile et, à partir de là… bonne chance, la CNIL a d’autres choses à faire. En fait, il semble que le moyen le plus sûr soit d’aller vous plaindre sur la page Facebook de Yatedo, où ils accèdent poliment aux demandes des quelques internautes qui viennent se plaindre, du moins quand ils passent sur la page, une semaine sur deux, semble-t-il.

Reste que le principe de Yatedo est d’une légalité très discutable puisque le site stocke des infos sur vous sans vous en avertir et sans vous y donner un accès libre. L’entreprise mère du site, Yatedo SAS, a son siège social à Paris ou à Bordeaux, selon la page du site que vous consultez et, de toute façon, elle n’existe pas si vous la cherchez dans les registres officiels.

Vous pouvez par contre trouver tout ce que vous voulez savoir sur Saad Zniber et Amyne Berrada, les deux fondateurs, sur leur propre site :

J’ai eu Amyne Berrada au téléphone, il était très serviable, il m’a conseillé de lui envoyer un mail pour obtenir la suppression de mon compte. J’attends que ce soit fait, et je vous tiendrais au courant. Comme c’est un peu le principe de son site, je suis certain qu’il ne verra pas d’objection à ce que je reproduise ces infos ici, ainsi que sur la page comment supprimer son compte Yatedo que je viens de lancer sur Facebook.

Allez, je vous laisse, vous avez sûrement un coup de fil à passer.

La blogo-gloire

mai 12, 2011

Comment sait-on quand on a réussi en tant que blogueur ? Depuis la semaine dernière, il se passe plein de trucs avec Boum Box et deux de nos articles qui ont été repris par OWNI. On a eu des pics d’audience, des commentaires négatifs, des dizaines de retweets, un troll, des pirates, une star, de l’action, de l’aventure ! Ceci est l’histoire d’un blog qui a réussit.

Commençons par cet article sur Canv.as écrit par Fifi_. Il avait plutôt bien marché au moment de sa publication, et il nous avait valu un petit mail de chez Owni nous demandant s’ils pouvaient le reprendre. Soucieux de mettre un peu plus en avant les blogs qui leur fournisse une bonne part de leur contenu, les gars de chez Owni nous ont même proposé de mettre un petit logo Boum Box à côté de l’article.

Ce n’était pas la première fois qu’un de nos articles était repris par Owni, mais c’était la première fois qu’il nous amenait autant de traffic. Au début, on a cru au pouvoir du logo de Boum Box mais à y regarder de plus près, il s’est avéré que même avec une image, les gens s’en foutent un peu de savoir d’où viennent les articles qu’ils lisent sur Owni. Si nous avions reçu autant de visite, c’est à travers un lien dans l’article qui renvoyait vers un vieil article qui parlait de /b/.

Moralité : quand Owni nous a demandé de reprendre un article qui parlait de la Filter bubble, je l’ai bourré de liens vers Boum Box avant de dire oui.

Toujours la semaine dernière, nous avons reçu une invitation à publier sur Le Plus, une extension du Nouvel Obs sur un modèle proche de celui de Le Post, mais qui se voudrait un peu plus classe. Nous venions de gagner l’insigne honneur de fournir du contenu gratuitement à un grand groupe média français. Le mail était bourré de compliments qui semblaient avoir été écrit, tenez vous bien, par quelqu’un qui avait lus nos articles. Évidement ce n’était pas dur de les avoir lus : une publication chez OWNI, ces chantres du Creative Commons, c’est pour de nombreux sites une invitation à reprendre votre article en intégralité sans vous demander votre avis.

Le truc, c’est que mon article, qui ne parlait pas vraiment de référencement, contenait une ou deux remarques pas très sympa sur les experts en SEO, tirée de mon expérience personnelle avec quelques uns d’entre eux (i.e. je ne veux pas dire que tous sont des bonimenteurs, seulement tous ceux que j’ai rencontré). Repris sur OWNI, avec la maquette très solennelle d’OWNI, au milieu des articles très sérieux d’Owni, avec un nouveau titre qui inclue le mot « référencement », l’article n’avait plus tout à fait l’air d’être le même.

serious dog is serious

D’un côté, dans les commentaires d’OWNI toute la mafia du SEO est venu défendre son boulot, tandis que des sites qui vendent du SEO ou je ne sais quoi copiaient l’article automatiquement. Vive le bad buzz : j’ai gagné 30 followers sur Twitter.

Parmis tous les liens entrants vers Boum Box, j’en repère un qui vient de La Social News Room, le site d’un certain Benoît Raphaël, créateur de « Le Post » et « Le Plus ». Pile quatre jours après la publication de l’article sur OWNI, Benoit Raphael découvre Canv.as dans un article qui annonce dès la première phrase que le site est en bêta privé mais que lui a pu l’essayer (pas vous ? moi j’ai douze invit et personne n’en veut) et qu’il a écrit son article très vite et sans se relire ou se corriger.

Benoît Raphaël n’a pas copié/collé notre article depuis OWNI comme d’autres. Benoît Raphaël cite le trouveur, avec un gros lien pas très élégant vers Boum Box. Il ne cite pas OWNI, alors on va supposer qu’il est un de nos fidèles lecteurs. Salut, Benoit ! Nous allons sûrement publier nos articles sur Le Plus, maintenant. On mettra plein de lien vers le blog dedans, bien sûr, sinon à quoi bon ? Je vais commencer avec celui ci, lundi. C’est le jour du lancement du Plus. J’espère que tout va bien se passer pour tout le monde.

salameche

4 façons dont le web 2.0 révolutionne l’industrie du crime

mai 6, 2011

Le web 2.0 peut et à déjà commencé à changer la façon dont nous commettons des crimes aujourd’hui. Autrefois aux seules mains d’une élite de hackers et des mafias capables de se payer leurs services, la criminalité informatique s’est aujourd’hui largement démocratisée grâce aux outils du web participatif.

Bien sur les hackers ont encore de beaux jours devant eux, il suffit de voir ce qu’ils ont fait au Playstation Network mais ce qui nous intéresse aujourd’hui, ce sont toutes ces nouvelles opportunités qui nous sont offertes de devenir un criminel du XXIème siècle autrement qu’en arrachant son Blackberry à un pauvre type dans le métro.

1. Le Flash Rob

C’est un phénomène tout nouveau, apparemment inventé tout récemment par des ados entreprenant de Washington. Pourtant, c’est une de ces idées si simples et belles qu’on se demande comment personne n’y a pensé auparavant. Reprenant le principe des flash mobs, ils se réunissent en nombre à un lieu et une heure donnée, sauf qu’au lieu de faire des batailles de coussin ou de danser sur les Black Eyed Peas comme leurs congénères improductifs, eux se retrouvent dans une boutique dont ils vident les étalages impunément, personne ne pouvant rien faire face à la force du nombre.

Pour l’instant, ils n’auraient pratiqué que le vol à l’étalage mais on ne peut qu’attendre l’escalade : braquage de transporteurs de fond, détournement d’avions, tweet apéros. Ce n’est que le début de l’ère du crowd criming.

2. Please Rob Me

Le célèbre site Please Rob Me n’avait qu’un but démonstratif et n’affiche plus ses juteux bons plans. Pour ceux qui l’auraient raté, le site rassemble tweets et check-in Foursquare publics qui permettent de savoir quand un individu n’est pas chez lui. Ensuite, à vous de trouver son adresse (c’est rarement bien difficile) et de vous y rendre pour cambrioler en toute tranquillité.

On en parle beaucoup, mais jusqu’ici la pratique semble être restée confidentielle. Les médias déplorent le manque de cas de cambriolage clairement liés aux réseaux sociaux, et les statistiques officielles ne montrent pas vraiment de nouvelle tendance. Si vous vous sentez l’âme d’un cambrioleurs, ça veut dire qu’il y a une formidable opportunité à saisir : soit le reste de la profession ne s’est pas encore mis à jour, soit ce sont les forces de police qui sont à la traîne. Dans les deux cas, il y a de l’argent facile à faire !

3. Le chantage via Facebook

Sur ce coup là, les médias sont déjà dessus comme des vautours : le chantage via Facebook, c’est une véritable tendance. Pour l’instant cependant, ce sont encore une fois les adolescents qui sont les pionniers de la pratique, et ils restent des gagnes petit : vas-y que j’échange mon silence contre une photo topless ou, au pire, une pipe.

Pourtant, on sait aussi par les médias que les cas de divorce et de licenciement liés à Facebook se multiplient. Ce sont justement deux des principaux leviers du maître chanteur. Un petit tour sur le toujours utile Youropenbook et en choisissant quelques mots clés très simples (boss, ex, abortion…) vous trouverez des dizaines de victimes potentielles :

Facebook réunit pour vous en un seul site tout ce que vous auriez eu autrefois besoin d’aller trouver sur Google, 123people, Viadeo, Doctissimo et un générateur de lettres anonymes. Tout ce qu’il vous faut, c’est une adresse e-mail provisoire créée dans un Taxiphone et un compte Facebook de maître chanteur sera à vous.

4. Le personnal branding pyramidal

Nos lecteurs fidèles connaissent déjà bien cette technique : utilisez les réseaux sociaux pour vous organiser et créer votre propre hype. Ecrivez vos louanges mutuelles dans vos blogs respectifs, faites autant de personal branding que de mutual branding et si vous faites bien votre travail, vous allez bientôt avoir tout un tas d’aspirants qui vous imiteront et viendront renforcer votre branding. Multipliez le phénomène à l’infini, vous obtiendrez une belle pyramide d’influenceurs.

Vous pensez que la pyramide arrive à saturation et vous avez peur d’arriver le dernier, juste à temps pour que tout le système vous tombe dessus ? Facebook vient de passer d’un coup de valoir 50 milliards de dollars à en valoir 100 milliards alors que dans le même temps ils en sont réduit à payer leurs utilisateurs pour regarder les pubs sur le site : clairement, il y a encore des gens crédules à exploiter dans le monde.

Bienvenue dans l’ère post-démagogie

avril 29, 2011

La plupart des gens ne le savent pas, et ce ne sont certainement pas les consultants en référencement qui vont le leur dire, mais on ne peut pratiquement plus être « le premier résultat sur Google ». C’est fini depuis 2009. « Le Référencement is a lie« .

Fin 2009, Google a en effet généralisé la personnalisation des résultats : désormais, même si vous n’avez pas de compte Google, que vous n’êtes pas loggué, du moment où vous ne faites pas des trucs de parano geek total (ou d’internaute moyen d’il y a cinq ans) comme effacer vos cookies et aller regarder dans les options de Google, vos résultats de recherches seront customisés en fonction de toutes ces choses que Google sait sur vous.

En clair, ça veut dire que quand vous vous étonnez de voir votre site ou le site de votre pote si bien remonter dans Google, ça n’est pas forcément le cas pour le reste du monde, et quand quelqu’un vous montre le truc bizarre que Google lui a suggéré en disant « les gens sont bizarres »…

… c’est sûrement lui qui a quelques trucs bizarres dans son historique web.

Plus embêtant, ça veut aussi dire que si vous êtes du genre voyageur, quand vous allez taper « Egypte » les premiers résultats qui apparaîtront seront probablement des offres Promovacances et Last Minute, alors qu’un autre utilisateur obtiendra peut-être la page Wikipedia. Ou bien les derniers résultats Google News. Ou Google Image. Moi quand je tape « Egypte » dans Google, j’ai le droit à des gifs pornos. Mais c’est juste moi, ça m’arrive tout le temps, vous inquiétez pas.

emma watson gif

On appelle ça la Filter Bubble : plus le web est personnalisé, plus vous vous retrouvez enfermé, prisonnier de vos propres tendances, vous ne voyez plus le monde qu’à travers des oeillères que vous remarquez d’autant moins qu’elles ont été faites pour vous cacher ce que vous ne voulez pas voir. Même les réseaux sociaux vous renferment : si vous n’interagissez pas suffisament avec un « ami » sur Facebook, s’il propose du contenu qui ne vous « engage » pas suffisamment, Facebook le fait disparaître de votre news feed.

Il y a une différence fondamentale entre les vieux algorithmes de recommandation encore utilisés par la plupart des sites d’e-commerce qui vous disaient simplement « les gens qui ont acheté X ont aussi acheté Y » et les algorithmes d’aujourd’hui qui prennent en compte des dizaines de paramètres personnels pour chaque utilisateur et qui, à la manière de Google Instant, peuvent trouver pour vous ce que vous cherchez avant que vous ayez fini de le taper. « Dans dix ans, on rira du temps où on devait taper une recherche dans Google pour trouver ce qu’on voulait », disent les vendeurs de personnalisation. Et dans vingt ans on rira de l’époque où on pensait nous même avant de savoir ce qu’on voulait ?

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Les sites de contenu commencent tout juste à se détourner d’une logique de référencement, où leur capacité à « remonter sur Google » dictait la forme de leur produit. En gros pour moi, en tant que journaliste, ça voulait dire que je devais donner des titres pas très rigolos à mes articles, où les mots clé devaient absolument apparaître clairement, et qu’il fallait que je les replace encore dans le début de l’article, dans les intertitres, etc… Au risque de se retrouver avec des articles didactiques et sans style : on écrivait comme des robots parce qu’on écrivait pour des robots, les crawlers de Google.

Aujourd’hui, donc, ces mêmes sites passent à une logique de partage : ils cherchent à produire du contenu qui va « devenir viral » sur les médias sociaux. Ça veut dire qu’il faut des titres chocs, peu importe le contenu de l’article, beaucoup vont partager sans le lire. Ça veut aussi dire qu’il faut produire du contenu sur des sujets qui intéressent vraiment les gens : « la petite culotte de Kate Middleton », « Carla Bruni est-elle enceinte ? ». Il faut devenir démagogue, il faut devenir un tabloïd. C’est le modèle Huffington Post.

tabloid

Mais l’avenir n’est pas à la démagogie, pas de ce genre là en tout cas : l’avenir est à la personnalisation, et donc aux micro-niches. Faire appel au plus petit dénominateur commun, c’est quand même manquer une grosse partie de la population. Plus la partie du web perçue se réduira à mesure que nos oeillères deviendront de plus en plus perfectionnées, plus la viralité deviendra un objectif difficile à atteindre.

La personnalisation du web, le « behavioural targeting » ou quel que soit le nom que vous donniez à ce phénomène, c’est en train de donner une deuxième jeunesse à la longue traîne, et c’est le prochain cauchemar des sites de contenu. Et de la démocratie, aussi, mais on s’en fout, ça fait longtemps qu’on sait qu’elle ne rapportera plus une thune.

Les chômeurs du futur

avril 15, 2011

Il y a un cliché de la science fiction qui m’a toujours particulièrement gêné. Je me rappelle l’avoir vu dans un bouquins de William Gibson, dans Futurama et dans un tas d’autres trucs moins mémorables mais l’exemple le plus récent et parfait se trouve dans Wall-E : dans le futur, les êtres humains sont devenus d’obèses machines à consommer de l’entertainment et de la junk food 24 heures sur 24. C’est le genre d’extrapolation assez basique que même ma mère pouvait faire dès les années 1990 et je me suis toujours dit que si je détestais en particulier ce cliché, c’est parce qu’il me rappellait les injonctions maternelles de lâcher ma Super Nintendo et d’aller jouer dehors.

Je me suis cependant rendu compte qu’au fond de mon malaise, il n’y a pas que ma mère, il y a aussi un relent de conservatisme assez puant qui stigmatise une population qui n’en n’a pas besoin. Parce qu’après tout, avec leurs gros ventres pleins de plateaux télé, avec leurs journées passées dans l’inactivité la plus complète et avec leurs survets à ceinture élastique du futur, à quoi ces hommes de demain ressemblent plus qu’à des chômeurs d’aujourd’hui ?

wall-e

Une des rares vérités immuables de la science économique, c’est que le business du sexe est toujours en avance sur les autres. Je ne crois pas me rappeller l’avoir vu sur la pyramide de Maslow mais il est évident que tout surplus économique sera avant tout dépensé pour le sexe. En ce sens, donc, il n’est pas étonnant de voir l’économie mondiale ressembler de plus en plus à celle du pron.

Aujourd’hui, l’industrie est en crise : les « tubes sites », qui ne s’appellent pas comme ça parce qu’il se spécialisent dans la coloscopie érotique, mettent tous les vieux de la vieille sur la paille en offrant des heures de pron gratuitement et souvent illégalement. Désormais, les rois du pron ressemblent plus à Jessie Eisenberg dans The Social Network qu’à Burt Reynolds dans Boogie Nights. La plupart des utilisateurs ne payent pas pour leur pron, ils se contentent de regarder les vidéos qui les intéressent et de fermer les pop up et quand ils cliquent sur une des bannières par mégarde et qu’ils se retrouvent sur un autre site gratuit et plein de bannières, il se demandent peut-être parfois qui paye pour tout ça au final.

On aurait du mal à le chiffrer mais on sait que pour chaque acte d’achat, il y a au bas mot des dizaines de pubs visionnées.

Il y a quelques semaines, j’étais sur le site d’un magazine financé à 100% par la pub. J’étais là pour écouter le nouveau single de Justice, qui était en exclusivité dans une publicité Adidas. J’ai pu la regarder après une publicité vidéo en pré-roll. Une pub insérée avant une pub. Dans le métro en bas de chez moi il y avait de grandes affiches pour Chrome, un navigateur gratuit financé par les infos qu’il récolte sur moi et qui sont revendus à des annonceurs, qui achèteront peut-être des espaces au milieu du programme de TF1 pour lequel l’affiche 4 par 3 visible à ma fenêtre m’invite à rendre mon cerveau disponible.

Au final, ma vie ressemble à un tunnel de pop up porno, et je vais peut-être regarder la télé, sûrement utiliser des produits de Google mais au final, dans tout ça, le seul truc que je pourrais acheter c’est une paire d’Adidas mais elles sont trop moches. L’acte d’achat devient marginal, les multinationales deviennent des voyeurs, qui épient nos moindres mouvements par pur plaisir : c’est ce qu’on appelle l’économie de l’attention.

George Costanza Unemployed

Qui est plus riche en attention disponible si ce n’est le chômeur ?

Les chômeurs sont l’aristocratie du futur et c’est ça qui fait peur aux scénaristes de Wall-E et à tous les autres. Ils ont cette idée dans la tête que les chômeurs sont des fainéants, des bons à rien qui préfèrent traîner toute la journée en survêtement devant la télé plutôt que de se bouger et de trouver un job. Ils préfèrent penser ça que de se dire que les chômeurs sont les produits du système pour lequel ils travaillent tous les jours et que c’est leur travail lui même qui les empêchera bientôt de rejoindre cette nouvelle caste des rois.