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Le Community management vs. la démocratie

février 9, 2011

Ça fait quoi, deux-trois semaines que je suis sur Quora ? J’en avais entendu parler longtemps avant vous, parce que je suis super branché, mais à l’époque il était très difficile d’obtenir une invitation. Aujourd’hui c’est assez facile, le nombre d’inscription a explosé depuis décembre environ et après les articles « Quora va-t-il détrôner Twitter ? » (vous vous rappellez des « Twitter va-t-il détrôner Facebook ? » ROFLCOPTERDTC ), on a droit aujourd’hui aux articles des early adopters qui se plaignent de la détérioration du site depuis que tous ces nouveaux pékins sont arrivés.

C’est un problème que connaissent tous les sites à succès : un jour, pour grandir, il faut poignarder les early adopters dans le dos. Si vous avez déjà vu un biopic, vous savez que c’est indispensable : les Beatles ont laissé tomber leurs bananes, Ray Charles a enregistré un album country et Castro a laisssé tombé Guevara.

keep it realUn site comme Sens Critique souffre dans une certaine mesure du même genre de problème : on vous en a chanté les louanges avec Fifi_ quand c’était un petit club fermé, aujourd’hui on aime encore beaucoup le site mais il n’est plus tout à fait aussi fun qu’au début avec la masse d’inconnus qui l’a envahit.

Le principe de la démocratie, c’est que les idiots, les noobs et les trolls ont autant le droit de poster que les autres et que leur like vaut autant que celui d’un power user ou qu’un early adopter (enfin bon, il faut quand même être majeur pour s’enregistrer et on peut se faire bannir pour trolling criminel). Bref, pour un community manager c’est le cauchemar. C’est Facebook. En tant que CM ça fait très peu de temps que je peux identifier des power users sur Facebook, et ce n’est possible qu’avec une application tiers, et je n’ai pas vraiment d’outil prévu pour les valoriser.

Qu’est-ce que c’est qu’un power user ? C’est votre ami, un mec qui passe son temps dans votre communauté, qui répond à plus de questions qu’il n’en pose… c’est le mec que vous nommeriez modéraeur dans un forum. Le power user, c’est un mec cool.

Yung Humma

Quand tout ce qui différencie votre site de Yahoo Answers c’est une communauté bourrée d’experts vraiment calés, quand vous êtes Quora, quoi, vous avez intérêt à créer des mécanismes pour mettre en avant ces power users. Sinon vous allez finir avec une communauté moyenne qui produira un contenu moyen et qui n’attirera plus personne quand les bons power users seront partis. Et ce n’est pas avec un primitif système de vote que vous allez y arriver.

Pour l’instant sur Quora, les réponses qui remontent sont celles pour lesquelles le plus de membres ont voté. Comme en démocratie. A terme, on le sait, c’est le triomphe de la médiocrité assuré : sans même parler des pièges de la démagogie, il est évident que les gens ne votent pas pour la réponse la meilleure, mais pour celle qu’ils comprennent le mieux avec leur connaissances limitées. Sur Quora tout le monde verra que je n’y connais rien si je tente de répondre à une question sur la physique nucléaire, mais si je vote pour la réponse avec une jolie image sans la lire, personne ne saura que mon vote ne vaut rien. Exactement comme quand j’ai voté lors du référendum sur la constitution européenne.

obama optimus prime

Le community management permet de répondre à ces problèmes de tout un tas de façon. Si on parvient à identifier les power users, on peut mettre en place tout un tas de trucs pour leur rendre la vie plus belle. Leur donner des badges, des étoiles et des titres honorifiques, déjà, ça marche toujours. Multiplier leur nombre de voix aux scrutins, laisser leurs interventions apparaitre plus haut dans les pages, etc… Après, il faut simplement trouver un équilibre entre mettre en valeur votre communauté existante et mettre des barrière à l’entrée pour les nouveaux.

On en parle beaucoup moins que des grandes communautés ouvertes à tous mais il existe tout un tas de communautés très fermées comme celles de NoFrag ou d’Offbeat Bride qui font traverser un mini parcours du combattant aux wannabes noobs. Dans le cas de Wikipedia, par contre, toutes les barrières sont invisibles : vous pouvez arriver sans vous logguer et faire n’importe quoi, mais si le système Wikipedia fonctionne bien, vous allez très vite vous faire modérer la gueule par un wikipédien dont le principal avantage sur vous est d’avoir pris le temps d’apprendre toutes les règles complexes qui régissent Wiki.

Pour l’instant, Quora laisse rentrer un peu n’importe qui et on a l’impression que les concepteurs du site n’ont pas compris qu’ils avaient développé une dictature oligarchique et pas une démocratie. La seule barrière à l’entrée, c’est leur interface triste et mal foutue qui fait que seul les gens qui n’ont pas peur de s’emmerder utilisent le site.

Doit-on et peut-on appliquer les méthodes du community management à la démocratie ? Il ne faut pas avoir peur d’organiser une dictature oligarchique à l’intérieur d’une démocratie. Il en existe déjà plein : les « partenaires sociaux », le système universitaire, les marchés, les illuminatis… Si la démocratie était le meilleur modèle pour toutes les structures, ça se saurait.

L’intérêt d’une démocratie c’est, en théorie, de s’assurer que le pouvoir ultime face à ces multiples oligarchies est détenu par tous. Instaurer un système de power users, que ce soit en leur donnant des super droits ou en imposant des barrières à l’entrée, c’est évidement foutre en l’air toute la beauté du système. C’est bien sur déjà plus ou moins le cas : les lobbys sont des power users, et les injustices économiques et sociales sont des barrières. Si les illuminatis dominent vraiment le monde, ça fait des siècles qu’ils ont inventé le community management.

Sur le web, Facebook est de plus en plus en train de prendre la place de cette super structure démocratique : tout le monde peut y entrer et tout le monde y est sur un pied d’égalité. Facebook fournit même de plus en plus la carte d’identité numérique qu’on utilise pour s’identifier auprès des autres communautés. La grosse différence, c’est que Facebook est tout sauf une démocratie. Il y a un dictateur qui change la constitution à loisir, des groupes et des « community pages » qui peuvent être vus comme un parlement fantoche et les « likes » sont un scrutin où on ne peut que voter « oui » aux décisions de la superstructure.

Facebook illuminati

La question n’est donc pas d’appliquer le community management à la démocratie, c’est plutôt l’inverse. Facebook est en train d’imposer un monopole et à un moment où à un autre il va falloir que les démocraties, à défaut de le nationaliser, lui imposent un cadre juridique beaucoup plus strict.

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7 commentaires leave one →
  1. février 9, 2011 13:47

    Sur NoFrag, on n’aime pas les power users : ce sont ceux qui, maintenant qu’ils sont entrés et bien installés, se croient chez eux et surtout tout permis (au détriment des autres membres et notamment des plus récents). Du coup, ce sont ceux qu’on vire le plus.

  2. Baleine des sables permalink
    février 11, 2011 13:52

    Mark Zuckerberg connait la marque de mon slip ?

    • février 11, 2011 16:43

      La marque, la taille et leur date. Il fait des algorithmes avec tes slips.

    • Baleine des sables permalink
      février 11, 2011 17:43

      En fait, je voulais faire une vraie réponse. Mais on est vendredi et je suis fatigué.
      Ce que je voulais dire c’est : le community management appliqué à la démocratie, c’est pas un peu comme le système des grands électeurs aux USA ? Tu follow un grand électeur/influenceur tant que son discours te plaît, pleins de gens le follow, il a du coup une audience et ce qu’il dit touche pas mal de monde. La seule limite qu’il y a à ce système, c’est que sur le net, l’anonymat permet de ne pas trop être responsable de ses propos. Mais c’est une notion qui disparaît avec Fb. Bref. Je suis pas clair hein ?

  3. Marmitte permalink
    février 14, 2011 22:38

    C’est bon papier ça 2gold
    MMMh I like

  4. blomki permalink
    juin 28, 2012 12:42

    A propos du monopole de Facebook, j’avais lu un excellent article sur la mort du cyberflanneur : http://www.nytimes.com/2012/02/05/opinion/sunday/the-death-of-the-cyberflaneur.html expliqué en français ici http://internetactu.blog.lemonde.fr/2012/04/04/la-mort-du-cyberflaneur/

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