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Big Numbers

décembre 9, 2010

Le Cablegate de Wikileaks est symptomatique d’une des grosses révolutions des prochaines années : aujourd’hui tout le monde a accès à un ordinateur capable de traiter plus de données qu’un Etat entier n’en disposait au XXème siècle. Le journalisme peut devenir data-journalisme, les relations sociales peuvent devenir un concours de statistiques (« Sur Twitter j’ai plus de followers que toi, mais tu as un meilleur ratio followers/following »). On ne gère plus des « relations client » on gère des « communautés » de 100 000 personnes sur Facebook. On n’a plus un disque préféré on a une playlist des titres les plus écoutés.

Le XXIème siècle sera spirituel ou pas mais en tout cas il sera chiffré.

the wire dukie

Dans The Wire, on nous explique entre autres que si le « système » ne marche pas, c’est un peu la faute des chiffres. Tout le monde doit « faire du chiffre ». Le « chiffre » est devenu une finalité en soi, détaché de la réalité qu’il est censé représenter. Exemple : l’école qui au début de la saison 4 emploie un ex-gangster pour qu’il ramasse les gamins qui traînent dans les rues et les amène au bureau d’inscription, où on a besoin d’un gros chiffre pour obtenir un maximum de subventions. Une fois les gamins inscrits, on les laisse repartir pour qu’ils ne fassent pas chuter le taux de réussite aux tests standardisés : encore une fois parce qu’il faut un gros chiffre pour obtenir une grosse subvention.

Enfin bon, on peut blâmer les chiffres mais l’alternative n’est pas tellement meilleure. L’alternative, c’est l’égo. C’est « moi je connais la réalité des problème, je connais les vraies gens et j’ai les solutions« . Historiquement, on sait que ça ne marche pas : pour ceux qui ne le sauraient pas depuis longtemps, il suffirait de faire un petit tour sur internet pour se rendre compte que « les vraies gens » sont une construction encore plus artificielle que tout système numérique. « Les vraies gens » sont folles. Elles votent Nicolas Sarkozy et s’emballent les couilles. Elles disent LOL IRL. Ils icent leurs bros. Elles ne savent même pas que le mot « gens » est féminin.

Le problème des chiffres, c’est leur incomplétude, leur imperfection : si on avait tous les chiffres du monde, c’est à dire un modèle mathématique complet capable de décrire justement le monde, le système fonctionnerait probablement beaucoup mieux.

big numbers

Facebook, Google et quelques autres sont assis sur une réserve de chiffres incroyable. Ils ont des chiffres à faire bander n’importe quel sociologue. Imaginez: si un type a pu a partir des données publiques sur Facebook établir ce graphique

saison rupture graphique fréquence…Imaginez la quantité de choses que Marc Zuckerberg, Eric Schmidt et les autres peuvent savoir. Les mecs de OK Cupid, site de rencontre américain, publient régulièrement de tels chiffres, en mettant l’emphase sur la comparaison communautaire : Les gays choppent-ils plus que les hétéros ? Quel est le film préféré des noirs ?

En dehors des quelques révélations triviales d’OK Cupid, que font les sites de ces chiffres ? Ils les vendent aux marketeux évidement, parce que ceux qui veulent le plus mieux connaitre leurs semblables, ce sont évidement ceux qui ont quelque chose à leur vendre. Google est trop cher pour les administrateurs, les sociologues, les administrations, les statisticiens du dimanche…

Evidemment, on peut se dire que c’est plutôt une bonne nouvelle : la solution au problème des chiffres est-elle plus de chiffres ? Le modèle ne sera jamais parfait, les chiffres se détacherons invariablement des réalités, et plus de chiffres, ça voudra dire plus de chiffres mal compris et mal utilisés.

big numbers

Peu importe ce qu’on en pense (et en vrai, on va pas devenir avocats de l’obscurantisme, non ?), les données sont là, de plus en plus accessibles. C’est encore primitif mais on peut tous faire joujou avec Google Trends et bricoler un site comme Youropenbook est à la portée de plus en plus de personnes. Les politiques devraient avoir plus peur de ça que de Wikileaks : comment vont-ils faire pour nous mystifier s’ils n’ont plus l’exclusivité des chiffres ?  Ce n’est pas un petit dérapage par ci par là qu’on va révéler, mais plutôt le gros mensonge sur lequel repose toute leur légitimité « Je connais les chiffres, je connais les problèmes, j’ai la solution ».

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3 commentaires leave one →
  1. décembre 9, 2010 17:36

    Caser un « plus mieux » qui soit correct, je vous tire mon chapeau !

    Quand à l’autre con avec sa feuille, il a pas capté qu’elle était en 4 dimensions (selon l’état d’avancée actuelle de nos connaissances). #retard

  2. décembre 9, 2010 21:56

    La référence à The Wire et au gosse qui SPOILER ALERT finit addict à l’héro alors que c’était lui le « héros » est excellente.

    • 2goldfish permalink*
      décembre 10, 2010 11:20

      Ouais, je visais l’emotional impact maximum :)

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