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La liberté pour les nuls

décembre 2, 2010

Je vais vous raconter une histoire. Elle parle du téléchargement, de politique, du libre et des gens.
C’est un peu une histoire sur la vie.
Prenez un verre.
Asseyez-vous.
Ça commence comme ça…

Evangelion - Ikari

Quand j’étais jeune, back in 2007, j’ai bossé pour une agence de com’ basée à Paris. C’était une petite agence super cool, au sein de laquelle j’ai appris (sans faire gaffe) un nombre incalculable de choses. Je l’ai quitté 11 mois plus tard pour aller bouffer des sushis au Japon. Peu après, ils ont commencé à réfléchir sur un beau projet, un truc demandé par le ministère de la Culture et qui était indéniablement promis à partir en couilles. Le site : jaimelesartistes.fr.

Tout le monde sait comment l’histoire a finit. Sujet trop touchy, Albanel qui gaffe chaque semaine en étalant son inculture du Web, jusqu’à cette fatale invective aux pirates : « Allez-y, le site est blindé !« . Puis l’attaque, le site mis à genoux, indisponible, l’hébergeur qui abandonne le navire, le couperet du ministère et, sans surprise, la fermeture définitive. Game over.

Ce que peu de gens savent, c’est que ce site maudit n’était pas si méchant que ça. A la conception, l’une des volontés de l’agence et du directeur de projet était de dédramatiser le téléchargement. De sortir trois secondes la tête du sable et de déclarer que le téléchargement était aussi une pratique commune, ordinaire et quotidienne. Pas par trouzaine de gigos octets à la minute, hein ? Mais un titre par-ci par là. Pour l’immédiateté. Un joli tas d’interviews vidéos avait été faites pour l’occasion, et chaque intervenant avait son moment « oui, je télécharge, ça m’arrive« . Vous voyez l’idée ? Une sorte de frein à l’hypocrisie ambiante : condamner le téléchargement massif sans paranoïser au moindre download. Evidemment, ces morceaux d’interview sont plus ou moins bien passés sous la coupe des ciseaux ministériels avant publication. Mais quand même, elles étaient là… et putain, sur un site commandité par un ministère 200% Hadopi, ça avait de la gueule.

Dommage, personne ne les a vues. Le site est mort, la faute à Christine. Fuck it.

Cette histoire m’a rappelé un truc qui s’est passé le mois dernier : l’affaire Lhermitte. Le bon Thierry, interrogé sur sa prise de parts financières sur la boîte chargée de collecter des IP pour Hadopi, explique à l’émission « C à vous » qu’il lui arrive de télécharger des films sur MegaUpload sans savoir si c’est une démarche légale, puisqu’il paye un abonnement.

Bam ! Le Web lui tombe dessus. A longueur d’articles, le mec est ridiculisé, vanné ou crucifié, symbole malgré lui d’une loi impopulaire à geekland. J’te jure… Comme si tout à coup, ce placenta pourri d’émission « C à vous » était devenu le parangon de l’expression libertaire. Lhermitte met le doigt sur un truc absolument génial, déclare publiquement qu’il télécharge des trucs à haut potentiel d’illégalité – et estompe au passage cette frontière merdique entre les clichés du gros pirate puceau qui vit devant sa bécane et de la vierge effarouchée qui paye même des jingles Géant Vert – et quelle est sa récompense pour faire publiquement ce que mon ex-boîte de com’ devait faire passer en transpirant ? Il passe pour un gros con. Lhermitte dit, pour la rhétorique, qu’il ne sait pas si télécharger sur MegaUpload est un délit. S’il n’a pas de certitude, ça veut évidemment dire qu’il sait bien que c’est un délit, mais ça ne l’empêche pas, tout actionnaire de la machine Hadopî qu’il soit, de lever la question. Et ce tas de connards du Web, trop stupides pour s’engouffrer dans la brèche, la rebouche avec béatitude, trop heureux de faire la nique à son ennemi déclaré. C’est la stratégie du Na na nère et, même 20 ans après la Maternelle, ça ne devient pas plus intelligent.

Please stop it

Ce qui m’amène à la crise libertaire de la semaine dernière : Houellebecq, La Carte et le Territoire. Le « plagiat » dénoncé pour trois paragraphes de textes sans valeur artistique levés sur Wikipédia. Un truc que même la nana de Wikimédia elle a dit qu’il fallait arrêter de déconner. Je vous renvoie pour l’avis à un billet exquis de Louis Ferdinand Sébum, journaliste à la sauvette chez Canard PC, un mag’ que même si il parle de jeux vidéos (dédicace à Netsabes), il est plus malin que la rédac de Slate et les blogueurs d’Owni réunis. Bon, okay, j’ai lu Joystick toute ma jeunesse et ces mecs m’ont formé bien plus que l’Ancien Testament et un Deug d’Hannah Arendt à Jussieu. Mais pas autant qu’une Maîtrise captée dans la fac de Jean Marie Le Pen et Etienne Mougeotte… On a les icônes qu’on mérite, j’imagine.

Bon bref.

Les blaires qui hurlent à la violation de trois textes Wikipédia sur des putains de mouches méritent l’ablation testiculaire / mammaire (ne soyons pas sexistes). Juger d’un plagiat à l’aune de 3 pages inintéressantes sur une oeuvre complète… RAH LA LA ! Dans quel monde vit-on ? Un globe sans inspiration, sans sources ? Celui de la transparence totale bidon prônée par Wikileaks ? Genre t’apprend que les gens trouvent Berlusconi con, Sarkozy susceptible, et que Poutine considère les politiques américains hypocrites et tu fais semblant d’appeler cette consensualité absolue un progrès démocratique ? T’en as même pour s’esbaudir (chez les plus assidus) que la guerre produit des victimes innocentes quand tu mixes des soldats débutants et des hélicoptères surarmés. Ah ah ah.

Mais ouais, trop bien !!!

Ah ah ah. La révélation en carton.

La liberté comme un hurlement au loup… Comme une petite censure superficielle au nom de principes qui font plaisir aux demeurés ? Comme ce petit syndrome psychologique qui pousse à hypertrophier les bêtises qui vont dans le sens de tes convictions… C’est comme ça que les gens votent (mal), c’est comme ça qu’on pave les routes glissantes d’intentions brillantes. C’est ce qu’un minimum de recul et de Sens Critique devrait faire rougir de honte. Un mec qui t’explique qu’il défend la liberté, c’est certainement qu’il bâtit une petite clôture autour.
(dernière phrase vraiment à chier, à changer avant de publier )

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6 commentaires leave one →
  1. HenZ permalink
    décembre 2, 2010 16:52

    WOo! FIRST!

    Quoi? J’ai rien compris à l’article et l’intérêt des commentaires? Rien a voir…

  2. décembre 3, 2010 12:19

    Je trouve que le mec qui redistribue le dernier Goncourt en licence CC-by-SA (avec une justification certes discutable, mais un peu fondée quand même et qui a le mérite de poser les vraies questions sur les licences libres) met le doigt sur un truc absolument bien plus génial que Lhermitte qui ne fait rien d’autre que préparer l’opinion à voir arriver des procès contre MU/RS.

    En outre, même si la redistribution en CC-by-SA n’était pas justifiée (ce qui reste à démontrer ; d’ailleurs où trouve-t-on la liste des passages copiés/collés ?), Houellebecq ne satisfait de toutes façons pas à l’obligation légale de mention de la source.

    :/

    • 2goldfish permalink*
      décembre 3, 2010 16:51

      Pirater un livre parce que bon, c’est comme la musique, on va pas payer pour tout, OK. Trouver un prétexte juridique à la con pour le faire, c’est nul. Je ne suis pas fan de Houellebecq mais son emprunt est anodin, on en voit des pires tous les jours. Peu importe ce que dit la loi, son esprit n’est pas là.

  3. Seb permalink
    décembre 3, 2010 14:18

    Juste sur le cas du « Zèbre » si y’a bien un people qu’on peut ecouter quand il parle de technologie c’est lui.
    Le mec a eu internet avant nous tous et jouait a flight simulator sur son Tandy alors que ne codait pas encore sur mon TO9.
    Si j’étais a sa place j’aurais la même réaction pour défendre mon bout de gras.
    Par contre sa remarque sur Megaupload est ridicule, il a un discours de spécialiste et nous sort un mensonge énorme. Au moment ou il le dit, il n’en crois pas un mot.
    Et son placement dans cette société c’est certainement interessant vu que c’est le gouvernement qui paye les factures. Aucun risque de pris.

  4. décembre 5, 2010 23:36

    moi j’aime bien la dernière phrase, la clôture et tout. d’ailleurs, pour Locke, le droit de propriété ne provient pas du droit de clôture mais du travail effectué qui lui fait propriété.

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