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La théorie des influenceurs

septembre 27, 2010

La semaine dernière un article du New York Post mettait en cause ONE, l’organisation de charité de Bono et sa femme. L’article racontait comment ONE avait dépensé une fortune pour envoyer des cookies de luxe, des paquets de café équitable Strarbucks et plusieurs autres cadeaux pas cheaps aux grandes rédactions New Yorkaise pour faire la pub de leur lobbying de l’administration Obama. Tout le monde était très choqué et a parlé de l’article, l’a re-tweeté, s’est moqué de Bono.

Déjà, on aurait pu s’étonner que tout le monde cite sans vergogne le NY Post, alors qu’on est censé le détester puisqu’il s’agit d’un de ces horribles journaux qui appartiennent à Rupert Murdoch, génie du mal, destructeur des consciences, l’homme le plus néfaste de la Terre, loin devant Kim Jong Il, Ahmadinejad et Sarah Palin. J’aime autant casser du sucre sur le dos de Bono que n’importe qui mais il faut quand même garder le sens des proportions.

Bref, l’article se terminait sur des chiffres effarants : en 2008 ONE a reçu 15 millions de dons et en a dépensé 8 millions pour payer ses salariés et seulement 185 mille ont été donné à des ONG charitables. Bouh ! Evidement, personne n’avait pris la peine d’aller sur le site de ONE pour y lire en gros que le but de l’organisation est de faire du lobbying, pas de la charité, et que tout ça est tout à fait normal.

Si vous pensez que leur argent serait mieux dépensé en allant directement en Afrique plutôt qu’en attirant l’attention de ceux qui ont encore plus à donner, vous ne croyez probablement pas aux « influenceurs ».

On a rencontré un type un jour, avec Fifi. C’était le pire type du monde. Le genre qui te fait croire qu’il y a du vrai dans les stéréotypes cons comme « tous les petits sont teigneux, comme Sarkozy ». Il se disait community manager, comme tout le monde. Spécialisé dans le domaine du luxe.

Son truc, il nous l’a expliqué, c’est qu’il gére 30 faux comptes sur Facebook, avec 20 000 amis, et 50 fanpages qui lui permettent de toucher au total 50 000 personnes. Mais attention, il fait du « quali ». Il fait du « storytelling » même : tous ses fakes, toutes ses pages sont alimentés régulièrement avec des updates ultra pertinentes, chacun de ses personnages à une « vraie vie ».

Sauf qu’on nous la fait pas : quand t’as des milliers d’amis Facebook, c’est parce que t’as envoyé des demandes à tout et n’importe qui, et t’as été accepté par des putes estoniennes, des racailles luxembourgeoises et des bots philippins. Personne n’a jamais fait de la qualité en appelant ça « du quali ».

Peu importe, ce mec réussissait à vivre en louant ses 50 000 contacts à des marques de tongs. « Luxe » et « Quali », qu’on vous dit.

guidos douchebags

Je ne vais pas balancer son nom et son site, après tout, il avait beau être pénible, on va pas pleurer sur l’argent gaspillé par les fabriquants de tongs.

Les « influenceurs », ça reste une théorie, donc. Une théorie qui dit que sur internet il y a deux sortes de gens : les influenceurs et les influencés. Les influenceurs seraient des blogueurs/journalistes et des twittos, principalement, et souvent tout ça à la fois. Ils n’ont même pas forcément un gros lectorat : l’important n’est pas combien les lisent mais qui les lit. Si leurs lecteurs sont peu nombreux, c’est surement parce qu’ils agissent indirectement, en influençant les influenceurs. Ils font du « quali », quoi.

La « théorie des influenceurs » repose sur l’idée que les internautes sont « influençables ». Evidement, les gens sont influençables, ça va de soi, non ?

Le moindre stagiaire sorti d’une école de com’ que je croise a aujourd’hui au moins 1000 followers sur Twitter. Moi qui vient de péniblement passer la barre des 200, au début je me demandais comment ils faisaient, avec leurs 3 tweets inintéressants par semaine. La réponse est simple : ils se suivent tous les uns les autres. Un vrai réseau, organisé, bien plus que ce pauvre con avec ses arnaques à la tong. Une belle pyramide.

Qui écrit sur les influenceurs, qui diffuse les billets sponsorisés sur Twitter, qui génère le traffic sur les blogs ?

Un exemple parmi un millier : ce blog, qui annonce fièrement en titre que 94% des blogueurs accepteraient de publier un article sponsorisé, selon une étude à la méthodologie incertaine.

Peu importe s’il rappelle une autre étude à la fin qui dit que 91% des français se méfient des contenus sponsorisés : c’est le titre qui est repris sur Twitter par… des « influenceurs ». C’est comme une arnaque pyramidale inversée, où chaque élément à la base de la pyramide soutire un peu d’argent aux hurluberlu du sommet. C’est presque démocratique.

En fait, les influenceurs existent, la théorie dit vrai, mais les influencés ne sont pas qui on croit. Si vous croyez au pouvoir des influenceurs, l’influencé, c’est vous.

toi !

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9 commentaires leave one →
  1. septembre 27, 2010 14:31

    D’ailleurs pour que cela fonctionne, il y a surement des infiltrés dans les boites de tongs, un peu comme les marchés truqués des lycées d’Île-de-France.

    Parce que sinon, quelle boite serait assez conne pour filer des biffetons à ces connards ?!

    • 2goldfish permalink*
      septembre 27, 2010 14:37

      Je dirais à peu près toutes. Il faut dire que ces influenceurs, qui écrivent sur le pouvoir des influenceurs à longueur de tweets sont aussi ceux qui bossent en agence de com et qui conseillent les annonceurs sur la nécessité d’une « social media strategy ».

      • septembre 27, 2010 14:51

        Ouais, ce sont ceux là que j’appelais des infiltrés. Le système est bien huilé.

      • askthedust permalink
        septembre 27, 2010 15:19

        Hmmm, ceux que je connais, et heureusement pour moi ils sont peu, ne bossent pas vraiment dans le communication, en cela qu’ils ne passent pas leur journée à essayer de créer de la valeur pour leurs clients via de la réfléxion et de la vente de campagne, mais à théoriser du vide, au sein de blog, de revues, de twitts, et à essayer de décrocher des entretiens pour devenir « experts digitaux ». D’autres, les pires, bossent dans les cellules digitales des agences média!
        Pour ces deux profils, même en étant très indulgent, je ne peux pas appeler ça « bosser en agence de com » :)

        Sinon, excellent article, bravo.

  2. septembre 27, 2010 16:54

    Une prose agréable et savoureuse ! Merci !

  3. septembre 27, 2010 18:36

    Pour les gens influençables comme moi, cet article est inquiétant et fait peur….

  4. Baleine des sables permalink
    septembre 28, 2010 13:02

    Ne sous-estime pas le pouvoir des thongs !
    http://www.bookofjoe.com/2010/09/foot-thong.html

  5. laurent permalink
    octobre 5, 2010 19:59

    L’invasion des profanateurs de tombes, version Philippe Kaufman ! Ma préférée.

Trackbacks

  1. Les billets sponsorisés, ces Google Bombs ordinaires | Citizen L. aka Laurent François

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