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Le pouvoir des mots

avril 7, 2010

Ca, c’est Boum Box en court, avec tous les mots importants en gros et tout le blabla, le sens et ces trucs inutiles enlevés grâce à Wordle.

Vous pouvez probablement en apprendre beaucoup sur Boum Box à partir de ce petit nuage de tags. On peut voir que quelques-uns de nos sujets préférés sont : la mort, la vie, Facebook et tout. Je suis plutôt content de constater qu’on utilise beaucoup « peut-être« . Plus en tout cas que « jamais« , « toujours » ou « vérité« . Ça veut peut-être dire que si on parle de sujets prétentieux, on le fait avec un peu plus d’humilité que je ne le craignais.

mouton joyeux (copyright natalie dee)

Bien sûr ce n’est rien à côté du travail de types comme le docteur Alex Bentley, qui a étudié la propagation de différents néologismes et autres buzzwords à travers la littérature scientifique. Il a observé le langage comme un écosystème darwinien où les mots naissent, se propagent et meurent, remplacés par des successeurs plus utiles ou tendance. Une de ses découvertes les plus intéressantes, c’est que malgré un grand turnover parmi les buzzwords, leur distribution reste relativement stables (un mot « numéro 1′ » beaucoup plus utilisé que les autres, quelques autres « top mots » puis une foule de petits mots de troisième classe).

Il y aurait donc une loi de l’évolution linguistique, qui sans doute est la même dans la blogosphère (pour employer un néologisme bien ringard), sur Twitter et dans ton cercle social. Les groupes auraient une attitude de troupeau vis a vis des mots. Face à ça, une initiative comme Francomot ne peut a vrai dire pas grand chose. Francomot, c’est un concours lancé par le Secrétariat d’Etat à la Francophonie pour trouver des équivalents français aux anglicismes « tuning », « buzz », « talk », « chat » et « newsletter ».

francomots "bolidage" "ramdam" "infolettre" "éblabla" "talk"

Le jury a choisit « bolidage » pour tuning, qui n’est pas si mal, mais aussi le très laid « éblabla » pour chat. Il va avoir encore plus de mal à imposer « ramdam » pour buzz, déjà parce que « buzz » est un peu ringard, on parle plutôt de hype ou de viralité (pas besoin de traduction, c’est magique!), mais aussi parce que ramdam est déjà utilisé en français pour dire barouf, vacarme ou boucan, et qu’il va falloir nous expliquer à nous et surtout à Eric Zemmour pourquoi on s’approprie un mot arabe pour remplacer un mot anglais.

Quand à « talk », qui apparemment désigne ce que moi j’appelle un « talk show », le jury a choisit « débat », qui désigne déjà un autre genre d’émission télé, vous savez, celle qu’on appelle « débat » parce que justement, contrairement à un talk show, dans ces émissions on « débat ».

jérémiades de moutons (copyright natalie dee)

Les mots ont un pouvoir sur nous mais il ne faut pas croire qu’on n’a aucun pouvoir sur eux. Avec son style de vieux hippie cramé au LSD, Alan Moore répète à longueur d’interview que le Sun (qui ne serait écrit qu’avec un vocabulaire réduit de 10 000 mots) et les SMS sont des machinations orwelliennes pour limiter notre vocabulaire et donc notre conscience. Et il n’a jamais lu un tweet de sa vie.

Le microblogging en moins de 140 signes, qui est encore plus dur en français que dans la très concise langue anglaise, n’a pourtant pas a avoir cet effet désastreux. On le répète tout le temps, mais pour dire plus en moins de signes, il vaut mieux avoir un vocabulaire très étendu, qui permet de choisir le mot exact, et de ne pas écrire qu’en « lol » et en « fail ». Le problème, c’est bien sur la paresse intellectuelle qui nous fait adopter le « fail » pour décrire toute erreur, bug, ratage, plantage, bévue, faute, gaffe, étourderie ou autre maladresse qu’on veut réduire à un simple échec anglophone.

La vérité c’est que sur le web la quantité l’emporte souvent sur la qualité, qu’il y vaut toujours mieux être le premier des moutons que de s’éloigner du troupeau et que si on veut réussir il ne faut jamais avoir peur de tout réduire au plus petit dénominateur commun.

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2 commentaires leave one →
  1. 2goldfish permalink*
    avril 8, 2010 09:03

    Pour continuer, un très intéressant article sur le New York Times et son vocabulaire TROP étendu : http://www.niemanlab.org/2009/06/ny-times-mines-its-data-to-identify-words-that-readers-find-abstruse/?=sidelink

  2. 3douard permalink
    avril 10, 2010 17:43

    Bon article. L’enjeu est de taille, quand on sait que Google fait la loi du référencement et de la visibilité sur le web uniquement grâce aux mots et tendances d’usage, ça donne à réfléchir…

    Et la « bogossitude » de Mickael Vendetta dans tout ça hein ?

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