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Comment sauver l’économie mondiale

novembre 3, 2011

Le gros problème de l’économie mondiale, dit-on parfois, c’est le manque d’imagination. Les alter-mondialistes américains qui occupent Wall Street, les grecs qui vont voter contre le "plan de sauvetage" de leur économie et le reste des indignés du monde entier savent ce dont ils ne veulent pas, mais ils sont infoutus d’imaginer une véritable alternative au capitalisme tel qu’on le connaît aujourd’hui. Ils ont parfois des idées, et elles ne sont pas forcément nulles, comme de taxer la spéculation, de séparer les banques d’affaire et les banques de détail… et en général, ce qu’ils veulent c’est injecter un peu de "morale" et "d’éthique" dans le "système". Bref, poser des gardes fous ou des pansements, pas faire la révolution.

Ca fait longtemps que ce manque d’imagination se fait sentir. Au moins depuis l’effondrement de l’URSS. J’ai moi même désespéré de voir un jour un génie débarquer avec une idée originale pour sauver le monde. Le problème, c’est qu’on ne peut pas vraiment compter sur les économistes pour avoir des idées originales. En fait, personne n’en a vraiment eu depuis Keynes, au point que la théorie économique prévalente aujourd’hui, la "nouvelle synthèse néo-classique", dit deux fois qu’elle est nouvelle dans son nom pour masquer le fait qu’elle ne l’est pas du tout.

J’ai bien du prendre les choses en main, finalement, et trouver une nouvelle solution moi même.

Ils ont beau avoir décoré la théorie économique de constructions mathématiques complexes, de théorie des jeux et d’équations que je ne comprends pas, ses fondements restent les mêmes : chaque individu cherche à maximiser son intérêt personnel de façon rationnelle, et c’est à travers cet individualisme forcené qu’on parviendra au meilleur équilibre économique possible. C’est à dire la situation actuelle.

Dans le documentaire Pandora’s Box d’Adam Curtis, on découvre une machine, le "MONIAC Computer", qui simule le fonctionnement de l’économie à l’aide d’un mécanisme hydraulique. L’idée, c’est que si vous avez un peu trop d’inflation, vous fermez le robinet "dépenses publiques" et tout s’arrangera :

Cette façon de penser keynesienne reste fermement implantée dans les esprits aujourd’hui encore, quand bien même on vous répète que l’ultra libéralisme l’a emporté partout, on n’en connaît vraiment qu’une version bâtarde, en particulier dès qu’une "crise" arrive comme en 2008 et que tout le monde se tourne vers le gouvernement pour "réguler" la situation, comme si le gouvernement était Warren G.

Le fait est que les pendants les plus libérés de notre économie, a savoir les marchés financiers, sont contrôlés par des ordinateurs. Oubliez le mythe du trader qui marche à l’instinct et qui flambe, les Jérôme Kerviel ou les Nick Leeson d’aujourd’hui finissent souvent en prison, et il y a une bonne raison pour ça : les décisions sont prises par des ordinateurs selon des algorithmes de plus en plus complexes, et ils font du trading à la vitesse de la lumière.

Les économistes croient que leur science, grâce à l’informatique, permettra de tout réguler, tout stabiliser, et ce depuis les années 1990 au moins. Les crises successives ne sont pour eux que des erreurs à corriger, causées par la faillibilité humaine, et il suffit d’améliorer encore et toujours les algorithmes pour qu’un jour on parvienne au meilleur des résultats possibles. Les passions, les cupidités et les soifs de pouvoir individuelles ne seraient que des données qu’il suffit de suffisamment bien quantifier, elles aussi.

Cette idée est tout sauf nouvelle, et elle a en fait été appliquée à grande échelle dans une expérience économique qui mériterait d’être reconsidérée aujourd’hui : l’URSS. L’URSS, ce n’était pas que des idéaux de partages, des chiens cosmonautes et des procès rigolos. Derrière tout le folklore, c’était surtout une grande expérience de planification : une économie entièrement contrôlée et régulée par la science. On peut rire aujourd’hui des histoires de pénurie de chaussures gauche ou des brosses à dent plus nombreuses que les tubes de dentifrice, c’est sûr, ça n’était pas un grand succès. Mais dans les années 1960, les russes n’avaient pour planifier que des ordinateurs à bande magnétique grands comme mon appartement et moins puissants que mon téléphone. Si je pouvais remonter le temps et leur passer un téléphone et un kit de développement Android, qui sait s’ils ne parviendraient pas à créer une application "Soviet Planification" beaucoup plus efficace ?

Mon idée originale, c’est donc ça : réessayer la planification, avec les moyens techniques d’aujourd’hui (vous pouvez appeler ça "néo-planification", c’est toujours un "nouveau" de moins que les autres). Ce n’est, après tout, que pousser un peu plus loin le champ d’application des algorithmes des banques d’investissement. On pourrait prendre en compte les envies et les goûts des consommateurs bien mieux qu’à l’époque soviétique, et proposer au moins autant de choix qu’un catalogue Ikea, et on pourrait mettre un peu de cette "morale" et cette "éthique" à la mode, si vous y tenez. Ca serait compliqué à mettre en place, ça risque fort de déconner dans tous les sens et d’être inégalitaire et inefficace, bref, ça ne changerait pas grand chose, mais au moins, on ne pourra plus dire qu’on n’a pas essayé.

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20 Commentaires leave one →
  1. novembre 3, 2011 16:37

    Je ne pense pas que la puissance de calcul est ce qui a fait defaut a l’URSS… Quand on voit qu’avec les ordinateurs actuels les plus puissants et complexes on arrive a peine a realiser des simulations climatiques fiables, je suis sur que l’economie (bien que creation humaine) est bien plus complexe que n’importe quel modelisation (ceux qui savent sur quoi reposent les KPI le savent mieux que moi…). Cela dit interessante theorie, et puis c’est toujours plus facile de critiquer une idee que de proposer des solutions.

    • 2goldfish permalien*
      novembre 3, 2011 16:49

      Oui, c’est bien pour ça que j’ai surtout consacré l’article à memoquer des économistes actuels plutôt qu’à expliquer ma proposition. Alors qu’au finalo, pourtant, elle n’est pas si éloignée de leur état d’esprit : si la science peut tout expliquer, elle doit pouvoir tout contrôler.

      • novembre 3, 2011 18:52

        J’avais quand meme note le second degres general de l’article (je ne lis pas boumbox comme je lis les pages saumon du Figaro). Peut etre qu’au final la solution c’est ca : accepter l’incertitude et les parametres non mesurables… mais ca ne rentre pas dans les cases d’un tableau excel malheureusement (prononcez le mot approximation devant n’importe quel directeur financier et vous verrez de l’urticaire apparaitre).
        Sinon je rejoint un commentaire plus bas, la ligne editoriale du site prends une bonne tournure, keep it going!

  2. novembre 3, 2011 16:41

    Il faudrait aussi des oreilles pointues.

    Mais au final, je pense qu’il faut s’en remettre non pas à Warren G, mais à Bob le bricoleur : (

  3. novembre 3, 2011 16:44

    Oui mais dans quelle mesure le modèle de représentation des comportements conditionne t’il (voir fabrique) les comportements ? L’homo ecoenomicus is the new Alekseï Grigorievitch Stakhanov…

    Et puis surtout, hein, on sait comment ça se termine ces histoires d’ordiminis qui régentent la vie des humains : http://bit.ly/t8Alnj (je te dénoncerai pendant le Jihad Butlérien…)

    • Scytale permalien
      novembre 3, 2011 17:00

      "Tu ne feras point de machine à l’esprit de l’homme semblable."

      Mais je préfère le terme de Grande Révolte à celui de Jihad Butlérien.

      En effet, si nous appelons ces évènements "Le Jihad butlérien", nous sommes d’accord avec les historiens qui définissent comme des "grands" les personnes qui déplacent la masse de l’humanité dans une nouvelle direction ; si nous utilisons le terme "la Grande Révolte" nous rallions ceux qui voient les "leaders" simplement comme le premier rang d’une humanité se déplaçant dans la direction que les masses déterminent.
      (librement traduit de l’Encyclopédie de Dune)

  4. dashgam permalien
    novembre 3, 2011 17:37

    L’économie c’est the Game.
    L’URSS a tenté de jouer, le reste du monde a nié le jeu
    Au final, on se demande encore si participer c’est perdre et non si gagner est possible…

    Laissons les ordinathans remporter la partie et foutons le camps en Ardèche ramasser des champignons.
    C’était un article pas fuckédu tout: je trouve que dépuis quelques semaines la Boumbox de façon générale, ça envoie du bois. Respect.

  5. 2goldfish permalien*
    novembre 3, 2011 18:14

    Merci. J’ai eu peu de temps pour écrire pour Boum Box dernièrement, alors quand je le fais c’est généralement pour coucher une idée qui me trotte dans la tête depuis un moment.

  6. recher permalien
    novembre 3, 2011 19:22

    Si je puis me permettre, voici une autre idée pour sauver l’économie :
    http://appelpourlerevenudevie.org/
    http://revenudexistence.org/

    Elle n’est pas si nouvelle que ça. Mais elle n’a encore jamais été essayée à l’échelle d’un pays.

    Pour résumer en très court, et avec des formules qui font bien :

    On peut considérer le revenu de vie comme un investissement financier dans chaque être humain. Certains investissements vont échouer (l’humain va rester devant la télé à manger des chips). D’autres vont réussir (l’humain va créer / inventer / aider les autres / travailler…)

    Si, globalement, on obtient plus d’échecs que de réussite, alors l’investissement dans les êtres humains est un échec, et on pourra toujours retourner à l’ancien système, ou essayer encore autre chose, ou carrément laisser tomber l’humanité et passer à une autre espèce.

    • 2goldfish permalien*
      novembre 3, 2011 19:39

      La question c’est : n’est-ce pas juste un add-on au capitalisme ? Vous avez trois heures.

      • recher permalien
        novembre 5, 2011 17:26

        Ca dépend. Y’en a qui disent que le revenu de vie doit être financé par l’Etat, avec les impôts existants déjà actuellement. (En supprimant des allocations existantes, qui sont versées sous conditions, et en faisant des économies sur la gestion administrative). Dans ce cas, rien de révolutionnaire, et on peut voir ça comme un simple add-on au capitalisme.

        D’autres disent que ce revenu doit être en partie financé par les banques. Car elles ont le pouvoir de créer de l’argent à partir de rien. Pour contrebalancer ce pouvoir, il faut donner une partie de cet argent à tout le monde. Et dans ce cas, ça me semble plus qu’un add-on.

        Mais je suis pas sûr que cette question soit très importante. Les vraies questions sont : est-ce que ça fonctionnerait ou pas ? Quel est le risque que ça plonge tout le monde dans l’oisiveté, et que ça appauvrisse tout le monde ? Est-ce que ça permettrait une meilleure distribution du "bien-être", etc…

        Le fait de sauver le monde avec un capitalisme add-onisé, ou avec tout autre chose ne me semble pas si significatif que ça.

        Et de toutes façons je suis pas sûr de connaître la définition exacte du mot "capitalisme".

    • novembre 5, 2011 20:50

      De Villepin propose ça! Et c’est déjà en place quelque-part en Inde… Auroville? Et peut-être aussi au Danemark, mais faudrait leur envoyer un mail pour confirmer.

      • recher permalien
        novembre 9, 2011 17:22

        Personnellement, je pense que la config de l’add-on proposé par Villepin est mal faite. Pour plusieurs raisons :

        1) Son allocation n’est pas inconditionnelle. Il faut participer à un "truc citoyen" pour l’avoir. Ca va provoquer un afflux de clampins pas réellement motivé dans tout un tas d’associations caritatives et autres. Ces associations n’ont pas besoin de ça.

        2) Le montant me semble trop haut. Pour moi, il faut qu’il soit calculé pour pouvoir vivre "dignement" (se loger, se nourrir et se vêtir). Et non pas vivre "aisément". Si tu veux vivre aisément, t’as qu’à bosser. 850 euros me semble trop "aisé".

        3) Le montant n’est pas fixe. Si on a d’autres source de revenus, il y’a un plafonnement à 1500 euros. Donc si je gagne déjà 650 euros par mois avec un petit boulot quelconque, je ne vais pas chercher à "travailler plus". Car je sais que je ne gagnerais pas plus. Mon allocation baissera d’autant que montera mon salaire.

        Donc Villepin fail. Mais c’est déjà très bien qu’il fasse parler de l’idée. Car les autres politiques n’en parlent pas du tout. Il faut juste que quelqu’un explique à Villepin comment améliorer sa config. Si il passe sur ce blog, je lui dis coucou.

        L’Inde et le Danemark, je suis pas au courant. L’exemple qu’on cite tout le temps, et qui a vraiment fonctionné, c’était en Namibie. (Pas dans tout le pays, mais une bonne partie quand même)

  7. Mr.X permalien
    novembre 4, 2011 13:28

    Je me suis moi même souvent dit qu’il aurais suffit de voyager dans le temps, d’échanger Staline contre un directeur logistique de chez Wallmart, et que l’URSS aurait pété du feu de dieu. En fait, pour que l’URSS puisse réussir, il leur a juste manqué de maitriser le voyage dans le temps.

    Plus sérieusement, même avec les plus beaux super-ordinateurs, toute planification communiste est vouée à l’échec. Parce que les individus n’ont alors aucun INTÉRÊT à ce que ça marche, et ce fut là le principal problème Russe: leurs grandes réussites folkloriques ont reposées soit sur d’authentiques altruistes voués au destin glorieux de la nation, soit sur des forçats travaillant le goulag sur la tempe.

    Personnellement je pense que la synthèse Liberal-Keynesienne (ça sonne comme national socialiste, lol) actuelle a encore de l’avenir, faute de mieux. Même si elle est nulle à ch***

    • Mr.X permalien
      novembre 4, 2011 13:33

      j’ajoute: a encore de l’avenir, certes, mais à condition d’une grosse réforme 2.0… en attendant que le degré de bordélitude administrative et de concentration des richesses atteigne 1, auquel cas le système implose brutalement

      • 2goldfish permalien*
        novembre 4, 2011 14:18

        Il y a aussi le problème que, presque mlécaniquement, l’administration du plan grossit de façon exponentielle jusqu’à devenir le premier acteur économique lui même.
        Pourtant je pense qu’il ne faut pas sous estimer la capacité de l’esprit humain à se persuader qu’il peut régler tous ces problèmes avec les bonnes équations.

  8. février 17, 2012 00:32

    Je vois vous avez de l’humour , je vais envoyer ce blog a l’un de mes neveu qui s’ennuie, il va pas y rester longtemps avec ce blog sympa

  9. juillet 21, 2012 14:12

    Vous confondez communisme, qui est une société sans Etat,sans classes sociales et sans hiérarchie (pour moi synonyme de l’Anarchie), et Capitalisme d’Etat… ces deux choses là étant diamétralement opposés.

    Je copie le commentaire que j’ai écrit à un ami qui a partagé un extrait de votre article sur un réseau social dont je tairai le nom (extrait oblige, je n’avais pas saisi le second degré, mais il reste tout à fait valable) :

    " Non, tu ne peux pas régir l’économie "par la science". L’économie est politique, il n’y a pas de "meilleure solution", elle nécessite des choix subjectifs et humains. D’autant plus que tu ne peux pas disposer de "toutes les données". Une économie planifiée de manière centralisée nécessite des gens qui prendront ces décisions, et donc, inlassablement, l’établissement d’une bureaucratie d’Etat et donc d’un système autoritaire voire totalitaire. C’est ce que disait Bakounine avant même que l’URSS ne devienne une réalité, et il avait raison.

    La planification ne peut s’effectuer que de manière décentralisée, démocratique, libertaire. D’un côté, avec l’autogestion des entreprises par les travailleurs ; de l’autre, avec le contrôle local de la population sur les moyens de production (quelle entreprise créer, sur quoi orienter la production et le budget, etc). Le tout dans une structure politique dans le même genre : fédération de quartiers / communes / régions plutôt qu’un Etat centralisé, utilisation d’outils tels que le mandat impératif (= mandat très précis, limité dans le temps avec possibilité de révocation), "vote qui est concerné", etc.
    Bien sûr, la technologie et la science peuvent se révéler d’une aide précieuse : statistiques, données sur les consommations des mois / années précédents, prévisions, aide à la décision,… Ou dans l’application d’une démocratie directe, d’ailleurs.
    Mais il n’y a pas "d’économie scientifique et objective". L’économie n’est pas une science dure."

    Sinon, si des idées d’économie alternative vous intéresse, je vous conseille grandement de vous intéresser à la monnaie distributive :

    http://www.economiedistributive.fr/Presentation-de-l-economie
    http://www.economiedistributive.fr/En-resume
    http://www.economiedistributive.fr/La-revue-AGONE-parle-de-l-economie

    De même, un projet de société plus complet (globalement "communiste libertaire") qui reprend une monnaie dans le même genre :

    http://codenameutopia.org

    Voilà, bonne lecture :)

    • 2goldfish permalien*
      août 2, 2012 09:39

      Je ne sais pas pourquoi vous parlez de communisme. Dans l’article je parle de l’économie planifiée de l’URSSS, et j’ai bien fait attention de ne pas parler de communisme… il n’y a pas de confusion, donc.

      • gg_tk permalien
        août 2, 2012 13:01

        Effectivement, au temps pour moi :) Le reste est toujours valable concernant la "planification" qui ne peut qu’être décentralisée et démocratique, et les idées de solutions alternatives.

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